Il y a maintenant deux ans que Flammarion est venue me voir pour me demander d’écrire un livre à la première personne, sur mon parcours. Ce devait être un livre de liberté, un livre désintéressé. Il s’agissait de faire le récit de mes souvenirs, de rassembler mon expérience, de tracer des lignes d’avenir. Il fallait de la densité, des anecdotes et de l’humour. Le calendrier n’était pas arrêté, nous devions murir le projet.
Je me suis lancé dans l’aventure d’abord avec joie et gourmandise, puis avec sérieux et conscience. Si j’avais mesuré l’ampleur du travail je ne suis pas sûr que je me serais lancé… Au moins la liberté est au rendez-vous.
Il y a plusieurs livres dans le livre : une chronique, un itinéraire, un essai et un manifeste.
D’abord une chronique de la vie provinciale dans la seconde moitié du XX siècle : la modernisation rurale, l’émergence du local, « Les tendres années », le pouvoir régional, le désir d’Europe et d’ouverture internationale… Dans cette chronique la vie familiale est centrale.
Ce livre est aussi celui d’un itinéraire, de « La France d’en bas » jusqu’à Matignon. Un parcours singulier de l’entreprise privée à l’action gouvernementale. J’y décris le « Pouvoir » de l’intérieur, ses faiblesses et ses grandeurs, les bons moments et les foutus quart d’heure, les allées du pouvoir et les coulisses de l’action. On parle d’élections, d’actions et d’émotions. J’expose aussi une galerie de portraits, de Giscard à Sarkozy, de Chirac à Villepin, les aînés et les plus jeunes… mes portraits ne sont pas complaisants mais jamais méchants.
C’est aussi un essai sur une pensée de l’affectif, une réflexion humaniste connectée à Luc Ferry, Jean-Claude Guillebaud, Edgar Morin… Je revendique ma préférence pour Aron quand il donne tort à Sartre. Cette réflexion personnelle prend racine, profondément, au XVIème siècle, grâce à des livres merveilleux, quand le Jésuite Matteo Ricci part à la rencontre de la pensée chinoise, jusqu’à la Cité interdite. Là est mon goût pour « l’harmonie », notamment entre la pensée et l’action, source de la belle politique.
« Je marcherai toujours à l’affectif » est aussi le message de ma génération, celle des Babyboomers. Une génération de l’affectif, qui a connu le lait à l’école (mon Père), le temps des Copains, la première télévision, Mai 1968, Giscard 74, Mitterrand 81… Une génération heureuse, dont les parents ont été meurtris par la guerre et dont les enfants sont inquiets de la crise. Génération de la croissance et croissance d’une génération, pour assumer mes « Raffarinades ». Je reviens sur nos bonheurs et m’interroge sur notre message. Ma réponse est que la Génération qui fut celle de l’affectif et du collectif ne doit pas vieillir dans l’égoïsme, dans les excès du nationalisme ou du protectionnisme. Il faut aider les jeunes génération plutôt que de leur faire peur avec nos propres inquiétudes. Avec notre aide ils trouveront des solutions aux problèmes que la génération d’avant n’a pas su résoudre.
Je ne crains pas l’avenir, les peurs sont inutiles, il nous faut aussi aimer notre futur. L’affectif est un chemin de vie.
jpr
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Un livre libre, désintéressé, avec des souvenirs d’avenir. Je vous parlerai prochainement de cette aventure qui me mobilise depuis plus de deux ans.
La campagne présidentielle, le lancement de mon livre, mes diverses activités… me dévorent quelque peu en ce moment. Je reviens vite vers vous. En toute circonstance je vous lis.
jpr
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Le coup d’éclat de Dominique Souchier sur Europe1 est révélateur de la dérive militante de l’expression politique. En effet, parce que l’on voulait lui imposer des invités selon des logiques statistiques, le journaliste a préféré interrompre son émission. J’ai de la sympathie pour une telle attitude courageuse.
Cette règle comptable, qui veut que chaque invité politique soit au bilan de tel ou tel candidat, limite fortement l’esprit de distance que peut exprimer un responsable politique. Une personnalité politique n’est pas nécessairement d’accord à 100% avec celui pour lequel elle votera. Avec cette méthode exprimer une réserve sur un point d’un programme revient à être coupable de faux en écriture. Cette logique déroule un tapis rouge au militantisme le plus sectaire : on vous tend un micro, votre propos est prédéterminé, votre temps de parole est imputé, l’important n’est pas l’idée mais le chronomètre !
Je comprends, bien évidemment, que les media doivent assurer l’équité puis l’égalité entre les candidats, mais j’ai plus confiance dans l’éthique que dans la statistique pour assurer et assumer l’équilibre. Ne peut-on pas conjuguer les deux approches ? Merci de votre avis.
Bien sûr, le milieu politique a ses responsabilités dans ces dérives, mais n’encourageons pas à l’excès le sectarisme électoral, le débat a besoin de liberté, parfois de distance.
jpr
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On entend souvent la critique selon laquelle les responsables politiques ne sont pas courageux. C’est parfois vrai, c’est souvent injuste.
Je trouve aujourd’hui Nicolas Sarkozy plutôt courageux. Il dit la vérité sur l’état du Monde. C’est le courage du diagnostic. C’est aussi le courage de l’action et celui du temps. Ne pas attendre la campagne, l’élection présidentielle, les élections législatives, les vacances d’été…
L’initiative en période électorale est, évidemment, un risque, mais la victoire récompense rarement le manque de courage !
jpr
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Profonde est mon émotion de recevoir le titre de Docteur Honoris Causa de l’Université de Béer Sheva, la grande Université des déserts. Ma relation avec l’Université du Negev est affective. Là-bas, on ressemble des jeunes du monde entier, les identités, les religions, les cultures sont mêlées, les énergies sont tendues vers la mission de l’établissement, « faire fleurir le désert ». 20.000 étudiants y sont rassemblés autour de 1800 enseignants et chercheurs.
La noble mission de la BGU, confiée par le Fondateur de l’Etat d’Israël, s’adresse en réalité à toute notre Humanité, puisque les zones arides couvrent près de 50% de notre Planète. L’agriculture en milieu aride, les recherches sur l’eau, l’énergie solaire, le management environnemental… Tous ces sujets sont au coeur des défis de ce XXIème siècle. Dans le Monde entier, de généreux donateurs s’engagent fortement pour assurer la qualité scientifique et humaine de cette belle institution. En France, l’association des Amis de la BGU est admirablement active autour de son Président, Gérard Worms. Trois de mes prédécesseurs dans cette distinction m’ont fait le grand honneur de leur présence, Hubert Leven, Bernard Kouchner et Claude Cohen-Tannoudji. Jean-François Copé et son épouse étaient aux côtés d’Anne-Marie. La Présidente, Rivka Carmi, personnalité scientifique au grand charisme, déploie une mobilisation exemplaire pour assurer la réputation de son Université. On mesure ainsi combien l’autonomie des Universités est une bonne orientation quand le management universitaire en assume la responsabilité. Paix et Développement, le message de la BGU est fort dans cette Région du Monde où la Violence semble éternellement menaçante. L’Ambassadeur d’Israel, rappelant les résultats de la croissance dans son Pays (+4% par an ces 5 dernières années), nous a convaincu du potentiel de la coopération universitaire et scientifique entre nos deux Pays, pour fertiliser réciproquement nos échanges.
Face a la guerre, l’intelligence reste le choix de l’avenir.
jpr
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Bonsoir Michel Field, bonsoir à vous, chacune, chacun,
Je souhaite vous parler aujourd’hui de la relation entre la France et l’Allemagne. Le sommet de crise, tenu ce jour à l’Élysée est particulièrement significatif sur ce sujet.
• Sur le fond, ce sommet affiche avec succès la position franco-allemande dans la crise : plus de compétitivité et peu de dépenses
• Sur la forme, en revanche, un tel sommet, une telle dramatisation de la discussion syndicale serait complètement impensable en Allemagne.
Notre relation est faite de différences profondes et d’intérêts communs.
Michel Field : Pourquoi, dans cette crise, faire de la relation franco-allemande une telle priorité ?
Pour trois raisons :
1) D’abord parce que la crise montre que les Pays émergents sont des Pays continents. L’économie est de plus en plus dominée par des Pays à taille continentale : Chine, Inde, Brésil, Russie et bien sur États-Unis.
Pour faire continent, la France et l’Allemagne doivent s’entendre.
N’oublions pas que, quand la voix de Jacques Chirac a tant porté contre la guerre en Irak, il avait le soutien de Gerhard Schroeder.
La voix était française,
la puissance franco-allemande.
2) Ensuite, parce que la crise menace la qualité de la relation franco-allemande.
Les agences de notation qui font de l’Allemagne un bon élève, ne servent pas nécessairement le bon équilibre, les uns pouvant devenir arrogants et les autres agressifs.
Dans ce contexte, on a entendu des déclarations mal venues.
Les stratégies de tension sont inopportunes.
3) Enfin, parce que les projets franco-allemands sont rares.
Airbus n’a pas fait vraiment école. Dans le monde, nous sommes plus souvent concurrents que partenaires.
Michel Field : comment progresser dans la relation franco-allemande ?
Pour moi, il y a trois manières :
1 – Nous devons nous inspirer des bonnes pratiques allemandes : baisse des dépenses publiques, culture industrielle des syndicats, développement de l’alternance, de la décentralisation…
2 – Il nous faut aussi défendre certaines singularités françaises : démographie familiale forte, attractivité territoriale, créativité du secteur des services, performance agro-industrielle…
En revanche, il y a des singularités, telle que la bureaucratie sociale que l’on pourrait alléger !
3 – Relancer l’Europe par un projet commun. L’Europe des cercles, dont le cercle central est la zone euro. Dans ce cercle, une nouvelle gouvernance intergouvernementale est à inventer dans le sillage des propositions communes de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel.
Dans la crise, il y a une fierté à mesurer l’action européenne de la France.
Avec l’Allemagne, le conflit est interdit. La germanophobie, une faute.
Michel Field : Quelle palme de la clarté ce soir ?
Je décerne la palme de la clarté à Claude Allègre pour son livre «Sarko, ou le complexe de Zorro». Voilà un socialiste qui a l’œil perçant.
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Bonsoir Michel Field, bonsoir à vous, chacune, chacun,
Je voudrais vous parler ce soir du Leadership, c’est-à-dire de l’exercice moderne du Pouvoir.
Tony Blair, Gerhard Schroeder, Barack Obama, Angela Merkel,… ont exercé ou exercent « un vrai Leadership » dans la conduite des affaires de leur Pays.
Michel Field : qu’est ce que le Leadership ?
C’est l’aptitude que possède une personne pour conduire un groupe, une équipe, en politique, conduire un peuple, une nation.
Cette capacité est fondée sur 3 qualités personnelles :
1. La vision d’avenir. Pour conduire, diriger, il faut savoir ou on va.
2. Le caractère. Pour décider, pour tenir le cap il faut de la fermeté.
3. Le Relationnel. Pour entrainer, convaincre, il faut le goût des autres.
Michel Field : pourquoi a t on besoin de leadership aujourd’hui ?
Le Leadership est nécessaire pour INCARNER, MOBILISER et ASSUMER.
3 raisons que la société de communication accélère :
1. INCARNER – Pour être identifié, compris, un Pays a besoin d’être incarné. On se plaint assez que l’Europe n’ait pas de visage !
2. MOBILISER – Pour libérer les forces vives d’un Pays, pour entrainer, il faut un entraineur.
3. ASSUMER – Le chef assume. Il est responsable devant le peuple, devant l’histoire, face à l’avenir.
En France, le Leadership est institutionnel. Le Président de la République, élu au suffrage universel, est « l’homme en charge de l’essentiel ».
Cette personnalisation a de nombreux avantages, notamment face à l’impuissance politique. Elle a aussi des défauts, tel que l’exercice solitaire du pouvoir.
Michel Field : peut-on définir le leadership des candidats à la présidentielle ?
Oui, bien sur, par exemple :
• Nicolas Sarkozy, c’est le leadership « intégral ».
En première ligne, il impose mais il s’expose.
Il préside et gouverne à la fois.
Sa vision est celle du combat contre la crise.
Son caractère, fort, influence son relationnel.
• François Hollande, c’est l’inverse.
Son relationnel, fort, influence son caractère.
C’est le leadership » sceptique », un peu à contre-cœur.
Sa vision est très bariolée, rouge, rose, verte.
• François Bayrou, c’est le Leadership « solitaire ».
Il est convaincu que son jour viendra. Sa vision est le ni-ni, ni a gauche ni a droite.
Le caractère et le relationnel sont plus fermes que la vision.
• Marine Le Pen, c’est le Leadership » en héritage ».
La vision est sombre. Le caractère rigide. Le relationnel discriminant.
Ici, le chef c’est un culte, il n’incarne que ses fidèles.
Avec les difficultés financières importantes qui sont devant nous, il faudra à la France, un Président dont le Leadership sera, à la fois, décidé et humaniste.
Michel Field : à qui la palme de la clarté ce soir ?
Je la décerne à Erik Izraelewicz, un collègue ! Pour son édito dans Le Monde du week-end. Il a notamment écrit que la perte de la note triple A « était a la fois un non-événement financier et un véritable électrochoc politique ».
C’est clair, c’est un électrochoc pour tous !
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Le Panda, animal très chinois découvert par un Français, est le symbole de l’amitié sino-française. Le 8 août 2008 dans la grand salle du Palais du Peuple, après de longues discussions sur la crise, le Président français Nicolas Sarkozy a demandé au Président chinois HU Jintao un geste amitié, pour clore une période de tensions. La France de Pompidou avait obtenu ce geste, la France du XXI siècle souhaitait aussi accueillir un couple de Pandas. C’est entendu, deux Pandas ont quitté leur vallée du Sichuan, tout près de la ville de Chengdu. Ils sont les bienvenus en France.
jpr
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Le Président a raison d’appeler les élus locaux à l’effort. En effet, toute la Nation a besoin de s’engager dans la mobilisation nationale contre la crise et pour la maîtrise des dépenses.
Toutefois, le gouvernement doit bien garder à l’esprit qu’il a besoin de l’investissement des collectivités locales dans son action contre le chômage. Sur ce plan, la situation bancaire est très préoccupante et de nombreux projets restent dans les cartons en raison du manque de liquidité.
L’annonce, par le Président d’une non décision quant à la direction générale de la Caisse des dépôts et consignations est surprenante. Les communes votent leur budget au plus tard fin mars, le dossier CDC-Banque postale prend du retard, les 5 milliards annoncés par le gouvernement tardent, et les PME du bâtiment s’inquiètent… La CDC ne peut tourner au ralenti dans cette période cruciale ! L’emploi a besoin d’investissement.
jpr
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