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04.12.2005
L’Euromed a besoin d’un nouvel élanLe 1er décembre, je suis intervenu dans le cadre d’un colloque organisé par l’IRIS et l’Institut du Monde Arabe sur le thème des défis du monde arabe. Quelques jours plus tard, j’ai réaffirmé à Tunis ma conviction que face à l’axe sino-américain, il fallait construire un espace euro-méditerranéen. C’est une priorité stratégique pour nos entreprises, nos étudiants et l’avenir de notre croissance. C’est également une nécessité pour mieux gérer les phénomènes migratoires. Pour avancer, j’ai proposé la création d’une banque régionale de développement sur le modèle de la BERD. La Méditerranée ne doit plus être une frontière mais plutôt un trait d’union, à travers l’histoire, à travers la géographie, à travers la démographie. jpr
Forum euro-méditerranéen de l’entreprise : « l’Euromed a besoin d’un nouvel élan » Institut arabe des chefs d’entreprises, Sousse, Monsieur le président, Merci de cette invitation et bravo pour la pertinence des thèmes choisis, la précision du calendrier et le très beau plateau d’invités. I – L’urgence euro-méditerranéenne Les 10 ans du processus de Barcelone ont été célébrés le week-end dernier dans une évidente morosité. En 10 ans, le monde a considérablement changé : la Chine deviendra, si elle prolonge son rythme, la première puissance économique mondiale dans les toutes prochaines décennies, dépassant les Etats-Unis. L’Inde sera juste derrière. Les quatre nouvelles puissances économiques (Chine, Inde, Brésil, Russie) doubleront dans moins de dix ans les quatre grands européens réunis (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie). En 2050, Chine, Inde et Brésil pèseront six fois l’Union européenne, qui pâtit de sa faible démographie et de sa croissance en demi teinte. Enfin, après le non au référendum européen, l’Europe doit s’inventer un nouveau projet. Aujourd’hui, il y a urgence : urgence pour l’Europe de redéfinir une ambition, urgence pour le monde arabe et méditerranéen de consolider sa place sur l’échiquier international, urgence pour l’Europe et le monde arabe de travailler ensemble, de bâtir une nouvelle relation, faite de proximité et d’ambition, pour peser sur le cours du monde. Et pourtant ! L’Europe a tout pour être l’interlocuteur privilégié du monde arabe et musulman, surtout si nous arrivons à penser une relation de véritables partenaires, avec des contraintes et des exigences, avec aussi des solidarités. Il faut pour cela dépasser les séquelles de l’histoire, réduire les fractures. Le président de la République a parlé lundi de la Méditerranée comme d’une« priorité stratégique » pour l’Europe. L’objectif doit être de normaliser les relations et de construire un ensemble géopolitique cohérent, fondé sur la volonté des Etats mais aussi et peut-être surtout sur le désir de femmes et d’hommes des deux rives de dépasser les incompréhensions mutuelles pour construire ensemble une zone de développement et de prospérité. II – La condition de cette espérance politique : une nouvelle dynamique économique La dynamique, c’est d’abord l’économique : c’est là que l’on trouve les énergies individuelles, c’est là que se forgent des destins communs. Et dans ce domaine, nous le savons tous, il y a des difficultés importantes en Europe et dans le monde arabe. A. Surmonter nos difficultés Malgré de nombreuses réussites, au Sud, le PIB des 22 pays gagne en moyenne moins de 1 % par an depuis dix ans. Faute de croissance, la région entre dans une spirale négative. Comme il faudrait une expansion de plus de 5 % chaque année pour donner un travail aux générations nouvelles, le chômage augmente. Plus grave, la productivité recule, à l’exception de quelques pays. Malgré de grands progrès, les meilleurs élèves partent dès que possible à l’étranger et peinent ensuite à revenir. Le monde arabe ne consacre que 0,6 % du PIB à la recherche-développement. Du côté européen, vous le savez, nous sommes confrontés à une croissance timide alors que ces dernières années ont été dans le monde des années de très forte croissance. Le chômage reste très élevé dans la plupart des pays européens alors que les dépenses sociales continuent d’augmenter. Nous sommes confrontés à une dette importante et inquiétante pour les générations à venir. Enfin, Nord et Sud, nous sommes confrontés à des difficultés communes : B. Poursuivre les réformes engagées Au Nord, nous sommes face à un enjeu démographique majeur. En termes de retraites, en termes de vieillesse et de maladie, en termes d’intégration, le cœur de notre action concerne d’abord les structures de population de nos pays. Nous ne pouvons plus faire comme avant, au temps où l’on considérait la démographie comme une donnée parmi d’autres de la question politique. La démographie est au cœur de nos enjeux politiques pour les années à venir. L’autre sujet, je l’ai déjà évoqué, c’est celui de nos finances publiques. Comment réduire la dette ? D’abord, comme je l’ai fait, en arrêtant la croissance des dépenses de l’Etat. Mais, aussi, avec des outils innovants que nous sommes en train de concevoir. Au Sud, poursuivre les réformes signifie tourner le dos au protectionnisme et au repli sur soi tout en valorisant les sociétés civiles : l’économie de marché va avec l’ouverture de et sur la société civile. C. Avancer en commun Face à cette situation, la bonne solution, c’est de travailler ensemble. Le Cercle des économistes a calculé qu’une association renforcée entre les 5 pays du Sud de la Méditerranée et les 5 pays du Maghreb élargie pourrait donner un supplément de croissance de 0,2-0,3 point au Nord et entre 1 et 1,5 % au Sud. L’Algérie est ainsi pour nos entreprises un marché à conquérir : il n’y a pas de chasse gardée dans l’économie mondiale aujourd’hui, il y a des territoires où il faut mériter ses succès. Il y a des intérêts communs entre l’Europe et le monde arabe à l’OMC notamment : il faut pouvoir approfondir ces complémentarités. Il faut aussi, demain, construire cette zone de libre-échange commune qui est prévue pour 2010. Je le dis fortement : nous ne pouvons pas attendre. Le libre-échange, quand il est régulé, permet une augmentation de la croissance et nous prenons dans ce domaine du retard. Je suis avec intérêt à cet égard le projet de tunnel sous le détroit de Gibraltar : c’est un projet symbolique et utile. III – L’Euro-Méditerranée a besoin d’un nouvel élan Dans cette perspective, l’Euro-Méditerranée est un véritable projet politique à qui il faut donner un nouvel élan, avec un espace régional au Sud mieux intégré, une vision de l’Europe précisée et des outils communs. Pour y arriver, il faut lever deux préalables : A. Maîtriser les migrations L’enjeu des migrations et des échanges est en effet fondamental. A l’heure de la mondialisation, notre proximité doit être un atout, pas un handicap. Gérer les migrations, c’est introduire de la démographie dans la politique. Et la démographie aujourd’hui pour l’Europe, face à la Chine, c’est sa grande affaire. J’invite d’ailleurs les grandes écoles françaises et les universités à développer des partenariats avec leurs homologues du Sud et à développer des Masters pour permettre aux jeunes étudiants du monde arabe d’avoir accès, sur place, aux meilleures formations européennes. Ce qui est vrai pour les étudiants et les chercheurs peut l’être aussi demain pour les médecins, voire pour des professions peu qualifiées. L’essentiel, c’est la mobilité, des uns et des autres. B.Mieux intégrer l’espace régional maghrébin Au-delà des migrations, l’Euro-Méditerranée n’arrivera à rien tant que la Méditerranée n’existera pas plus en tant qu’instance politique et, avant d’y arriver, peut-être faut-il se concentrer sur le Maghreb ? La relative faiblesse des investissements européens dans les pays sud-méditerranéens par rapport à d’autres zones du monde trouve pour partie ses origines dans la taille trop réduite des marchés intérieurs que ne peut complètement compenser l’exportation. C.Préciser la vision de l’Europe de demain De son côté, l’Europe doit continuer sa construction et élaborer une stratégie interne et externe. D. Il faut des institutions communes Face à ces défis, il faut se poser la question des institutions. Un temps, l’Europe (Romano Prodi en 2001) a dit au Sud : « partager tout, sauf les institutions ! » Je note que les esprits changent et que l’on se rend compte peu à peu que les institutions sont importantes pour porter un projet politique. L’Europe et le monde arabe ont besoin d’un environnement favorable : il y a une politique à définir qui ne soit pas seulement guidé par la réponse à des problèmes. Une politique, c’est aussi une ambition commune fondée sur la confiance et sur la certitude que l’on pourra tirer des bénéfices communs d’un projet partagé. Conclusion : Les devoirs de l’Europe Les événements dramatiques récents dans nos banlieues mais aussi les questionnements néerlandais suite au meurtre de Théo VanGogh, les crispations au Danemark, les odieux attentats en Grande-Bretagne conduisent chaque pays européen, un à un, à s’interroger sur son modèle d’intégration. Violences, tentations communautaristes, extrémisme religieux et parfois même terrorisme d’un côté ; discrimination, pauvreté accrue, « plafond de verre » de l’autre : la situation semble bloquée, les tensions augmentent, le rejet de l’autre se manifeste. J’ai conscience de cette situation. J’ai aussi conscience que les difficultés sont la partie immergée de l’iceberg : on ne voit pas les réussites et pourtant elles sont nombreuses. Monsieur le président, Malgré les doutes, malgré les occasions manquées, malgré les difficultés toujours persistantes : je garde espoir. La Méditerranée ne doit plus être une frontière mais plutôt un trait d’union, à travers l’histoire, à travers la géographie, à travers la démographie. Braudel disait : « la Méditerranée, c’est mille choses à la fois. Non pas un paysage, mais d’innombrables paysages. Non pas une mer, mais une succession de mers. Non pas une civilisation, mais plusieurs civilisations superposées… » Aujourd’hui, la Méditerranée peut être européenne et arabe, elle doit être euro-arabe. Je vous remercie. Un commentaireLaisser un commentaire |
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13 avril 2008 à 18:37
Chers rédacteurs,
Mardi 8 avril, j’ai eu la chance d’assister, puis d’intervenir à l’occasion des rencontres de la Diversité à l’université Paris VIII, débats infiniment enrichissants, organisés sous l’égide de RFO ( et retransmis sur la chaîne France O), avec entre autres comme participants : l’association ETHIC, le 21ème Siècle, l’APC Recrutement, l’Oreal, la BNP, la SNCF, deux délégués interministériel et même un Inspecteur général des armées.
Ces réunions de synthèse n’ont lieu qu’à deux reprises dans l’année, et elles ont pour vocation de faire le point sur les actions menées et les résultats engrangés quant aux processus d’intégration des minorités ( quand même plus de sept millions de personnes, qui on l’a encore vu lors des dernières élections, se mobilisent de plus en plus politiquement).
Or, en dépit de l’excellence de votre ligne éditoriale et des nombreux compte-rendus d’actualité réalisés par votre rédaction, je suis pour le moins surpris que pas un mot n’ait été dit sur ce sujet, qui intéresse au premier chef vos lecteurs, toute appartenance confondue.
Au delà, je voudrais dire combien j’ai apprécié les énergiques interventions, qui sans tomber dans le piège d’un discours orienté vers la victimisation, et ce même si c’est bien de cela dont il s’agit. Mieux, il a été fait un véritable plaidoyer pour des jeux gagnant-gagnant aussi bien pour les entreprises que pour la République, et les voix qui portaient ce message étaient vraiment très sincères, voire touchantes.
Juste un petit bémol : dommages que cette émission de télévision, haute en couleurs et d’un courage politique hors du commun ne se soit pas déroulée un samedi ou bien un dimanche, à une heure de plus grande audience !
Peut-être vous est-il encore le temps de rectifier le tir ?
Très Cordialement.
Hervé, François MECHERI : 06.82.24.88.37.