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20.03.2006
Ma bibliothèqueDans cette rubrique, je voudrais vous parler des livres et des auteurs que j’aime. Le dernier essai de Tzvetan Todorov, "Les Aventuriers de l’absolu", est par exemple un merveilleux ouvrage. L’auteur fait partie de ces modernes qui cherchent à explorer l’horizon de l’existence humaine. Nous sommes, là, aux côtés de "l’Homme-Dieu" de Luc Ferry et du "principe d’humanité" de Jean-Claude Guillebaud… Tzvetan Todorov nous explique "comment vivre l’absolu, cette dimension inhérente à toute existence humaine". Le point de départ est naturel : "l’aspiration à la plénitude et à l’accomplissement intérieur se trouve dans l’esprit de tout être humain". Le projet est en nous : "chacun de nous est animé par un projet de vie, il possède à l’intérieur de lui une configuration idéale à l’aune de laquelle il juge son existence du moment".
Trois grands auteurs, O. Wilde, R-M Rilke et M. Tzvetaeva ont fait de la recherche de l’absolu leur projet. Tous les trois ont connu les sommets de l’art et les profondeurs de la souffrance. Le parcours de ces trois vies est passionnant. A Oscar Wilde pour qui "aucune valeur n’est supérieure à la vie", Todorov répond : "Tout un chacun aime les plaisirs et les succès. La seule question est de savoir si l’on sait aussi aimer la vie lorsqu’elle est hostile". Beau sujet pour les responsables politiques. A l’opposé de Wilde qui, selon Gide, "a mis tout son génie dans la vie ; et son talent seulement dans son oeuvre", le projet de vie de Rainer-Maria Rilke est de "sacrifier toute son existence à la création artistique… voie royale pour communiquer avec l’absolu". Dans ce cas, Todorov nous dit que "la grande victime, ce sont les relations humaines : leur place doit être limitée, le créateur est condamné à la solitude". Le renoncement à la vie serait-il le prix à payer pour rencontrer l’absolu ? Ainsi Rilke rejoint la position tragique de Zweig : "s’il faut choisir entre vie et absolu… préférons l’absolu". La troisième voie, à la recherche de l’absolu, est celle de Marina Tsvetaeva qui "rejoint les exigences de l’humanisme contemporain qui nous font préférer les êtres aux oeuvres et les individus aux abstractions, interdisant donc de tuer les hommes au nom du salut de l’Humanité". Tsvetaeva veut échapper aux violences de l’Histoire, "la haine politique n’est pas donnée au poète", en affirmant que ce qu’elle "aime par dessus tout au monde, c’est l’être humain, l’être vivant, l’âme humaine". L’Histoire rattrapera Marina Tsveraeva en lui enlevant ses proches la conduisant, elle aussi, dans l’impasse. Ces trois "nuances", celle de la vie, celle de la solitude, celle de l’amour, ne signifient pas pour l’auteur que "toute aspiration à l’absolu soit vouée à l’échec, loin de là". Tous les trois, et tant d’autres, nous "aident chacun à mieux penser et diriger notre existence". Pour Todorov, "la leçon est double : le royaume est en nous, non en dehors de nous ; et il n’y a pas de rupture entre le royaume et ce qui n’est pas lui". Il n’y a donc pas de rupture entre la personne finie et la conscience de l’infini. Ce livre a un adversaire, le "manichéisme" et ses ruptures mais il a beaucoup d’amis dont moi, et vous ? jpr "Les aventuriers de l’absolu", Tzvetan Todorov, Robert Laffont - 2006 7 commentairesLaisser un commentaire |
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S'abonnerCommentairesMistral dans Trois livres pour penser la mondialisation le 21/11 à 20:47 Etant parti en vacances quelques jours, j'ai lu le livre de ce monsieur Todd. Sa théorie sur le p [...] Daniel SINTèS dans Crise financière : la comprendre pour l'affronter le 21/11 à 14:59 Mon cher Jean-Pierre, Bien que je ne sois pas tout à fait formé pour comprendre et entrer dans [...] renaud zheng dans Trois livres pour penser la mondialisation le 21/11 à 10:46 nous vous remercions de nous les faire connaître. merci vient de la Chine [...] Claude SIMONNET dans Nous n'échapperons pas à un plan de relance le 20/11 à 22:22 Monsieur le Premier Ministre, La relance par l'investissement public sera peut-être nécessaire, m [...] Alain Lavallée dans Trois livres pour penser la mondialisation le 20/11 à 14:36 Bonjour Monsieur le Premier ministre, merci de porter à notre attention ces approches de la mond [...] |
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20 mars 2006 à 20:36
Bonsoir,
Wilde ? Sweig ? De lumineux auteurs. Je découvre le nom des autres en vous lisant.
Bien sincèrement,
Lionel
20 mars 2006 à 23:59
Il est difficile de se reconnaître dans ces “êtres de feu”, consumés par une soif d’absolu souvent destructrice, pour eux-mêmes comme pour leur entourage.
J’admets le caractère esthétique du parcours des trois écrivains d’exception évoqués par TODOROV, mais pour autant je ne saurais les ériger en exemple pour régler la vie d’un particulier. N’est pas WILDE qui veut, et c’est heureux car la vie en société serait sans doute épouvantable si nous n’étions entourés que d’assoiffés d’absolu. Je ne fais pas là l’apologie de la médiocrité tranquille contre le génie tourmenté, mais il me semble que les écrivains dont nous parlons furent en quelque sorte le jouet de leur passion, fut-elle géniale. La passion qui n’est pas tempérée par la raison livre sa victime à de terribles tribulations, à d’indicibles souffrances dont l’art se nourrit parfois avec délectation.
Julien GREEN avait déjà bien montré les conséquences de ce feu dévorant dans son célèbre roman : “Moïra”, où le héros, livré à une quête d’absolu, s’isole peu à peu du monde qui l’entoure (dans une attitude de suffisance intransigeante). Au terme de cet isolement, en proie à d’incessants bouillonnements intérieurs, il finit par supprimer l’être qui s’interpose entre lui et cet absolu inatteignable. Il est alors plongé dans un univers d’hébétude et de souffrances.
Le bonheur, qui a besoin de quelque sérénité pour s’épanouir, est définitivement absent de ce type d’existence. Il est étonnant de constater que très souvent, les assoiffés d’absolu créent eux-mêmes les conditions de leurs tourments intérieurs (souvent pour la plus grande gloire de la littérature). Ainsi, l’intransigeance de Marina TSVETAEVA a contribué incontestablement à son isolement. Ces êtres considèrent-ils finalement que la souffrance est une étape nécessaire sur la route de l’absolu. La souffrance permet notamment ce dépouillement que nombre d’entre eux recherchent. Jouent-ils avec elle ? Hélas, elle est souvent la plus forte et Marina TSVETEANA se pendra en 1941.
Ces figures sont bien évidemment attachantes et l’élévation dont elles font souvent preuve peut forcer l’admiration. Il en est ainsi lorsque Marina TSVETEANA écrit :
“Dieu veut faire de moi un dieu (ou un poète) or moi, je veux parfois être un être humain et je me débats et je prouve à Dieu qu’il a tort.
Et Dieu, en souriant, me relâche : “Va, vis un peu !”
C’est ainsi qu’il m’a laissée près de vous - une petite heure durant.”
Par contraste, lorsqu’on plonge dans leur biographie, nombre de leurs petitesses déçoivent et montrent qu’au-delà de leur passion dévorante et de leur génie artistique, ces personnages de feu ont des silhouettes d’hommes.
21 mars 2006 à 22:08
Merci Monsieur le Premier Ministre, vous êtes l’un des rares à élever ainsi le débat au niveau philosophique ! La France a besoin de vous !
http://jpopgrandesecoles.hautetfort.com
22 mars 2006 à 21:24
“Sans créature, point de créateur. Sans relatif, point d’absolu. Sans corps universel, point d’esprit universel. Toute matière est aimable et admirable car elle est la souffrance et la limitation qui permettent la paix et l’infinitude. Si je n’aime pas le corps, si je méprise la matière, je hais l’Etre créateur et son énergie de prospérité me fuira. Ne confonds pas illusion et mépris. Ne confonds pas limites et mépris. Ne juge pas. Le bas permet le haut.” (Frank Hatem, Métaphysicien et Docteur en Ontologie).
Quand on est idéaliste et que l’on s’inspire d’idéalistes, cela n’aide pas spécialement à avoir les pieds sur terre.
Pendant près de trois ans, j’ai recherché la perfection. En vain. La seule chose que j’ai réussi à faire, c’est de me blinder mentalement contre l’incompréhension des autres, c’est-à-dire de me retrouver toute seule ou presque avec moi-même. J’ai confondu solitude intérieure et solitude physique.
Mais voyons le bon côté des choses. Il faut faire des erreurs pour changer. Tout le monde fait des erreurs et tout le monde change. Même si la plupart des gens n’en ont pas conscience. L’inconscient, lui, enregistre tout. Et c’est bien là le problème car il ne fait pas la différence entre le bien et le mal.
Entre celui qui refuse d’avancer par peur de se tromper et celui qui recherche son idéal au risque de se retrouver tout seul, il y a un équilibre à trouver. Mais cet équilibre ne peut se trouver qu’après avoir réellement fait connaissance avec soi-même. C’est-à-dire après avoir rencontré l’Absolu en soi.
Du mouton de panurge à l’être humain ou comment apprendre à avoir confiance en soi. Je ne suis pas un corps, je suis un esprit dans un corps. Nuance.
Tant qu’un être humain n’a pas appris à se connaître lui-même, il ne peut apprendre à se faire confiance. Et parce qu’il n’a aucune confiance en lui, il s’en remet aux autres pour décider de SA vie à SA place. C’est le meilleur moyen de passer toute sa vie à côté de soi-même sans jamais s’en rendre compte. Comment peut-on trouver le bonheur dans ces conditions ? Et si je suis malheureuse, comment puis-je donner du bonheur aux autres ?
Il a de l’humanism’,
Le libéralisme !
Ils suivent leurs idéaux,
Viv’ les libéraux !
(à chanter sur l’air de “Ils ont des chapeaux ronds, vive les Bretons”)
Il vaut mieux faire rire que pleurer. Il vaut mieux aussi être illuminé que déprimé, c’est meilleur pour la santé !
Dans le tarot de Marseille, le spirituel est représenté par la couleur “bleu” et le matériel, par la couleur “rouge”. En France et sur l’échiquier politique, la droite est représentée par la couleur “bleu” et la gauche, par la couleur “rouge”. Matérialisme rime avec socialisme quand il ne rime pas avec communisme ! (petite vengeance personnelle)
24 mars 2006 à 20:34
Bonjour Mr Raffarin,
Nous pouvons aussi en prolongement de votre lecture partagée, parcourir le livre de Tzvetan Todorov, “L’esprit des lumières” ( éd. Laffont, Paris, 2006, 133p) et de le réfléchir avec ce livre aussi passionnant de Bruno Latour qui pensait que la France n’a jamais suivi les traces de la modernité “Nous n’avons jamais été modernes”.
“C’est en critiquant les Lumières que nous leur restons fidèles”.
Chaleureusement,
Christian Pradel
25 mars 2006 à 19:46
” Dieu seul suffit ” ( Ste Thérése d Avila )
le but de la vie est de rechercher l oméga, le soleil de la parousie
le reste n’a pas d’importance
25 mars 2006 à 19:49
” la haine c’est de l’amour qui n a pas réussi ”
connaissez vous ” dialogues avec l’ange ” de Gitta Mallasz ?
c est brulant !