J’ai prononcé un discours, que vous trouverez ci-joint, pour le 40ème anniversaire de la participation à l’occasion d’une manifestation organisée par la Fondact au Sénat.
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Quarantième anniversaire de la Participation
Monsieur le Président Jean-Marie DESCARPENTRIES,
(Madame, Messieurs les ministres),
Chers collègues Sénateurs et Députés,
Mesdames, Messieurs
Je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue au Sénat au nom de notre Président et ami, Christian PONCELET qui regrette de ne pouvoir être là parmi nous aujourd’hui.
La FONDACT est toutefois un peu chez elle ici puisqu’elle compte parmi ses administrateurs notre collègue Serge DASSAULT qui nous manquera également ce soir du fait d’une intervention médicale de laquelle il se remet.
Ensemble dans le dernier débat sur la participation au Sénat, nous avions proposé pour les résultats des entreprises, la règle idéale des quatre quarts :
¼ pour l’actionnaire,
¼ pour l’entreprise,
¼ pour les salariés,
¼ pour l’impôt de l’Etat.
Je salue tout particulièrement mes collègues sénateurs ici présents qui sont tous de fervents défenseurs de la participation ; je pense, en particulier à mon ami Alain GOURNAC.
Mesdames, Messieurs,
« Il manque à la société mécanique moderne un ressort humain qui assure son équilibre ».
Ce qui était vrai du temps des « Mémoires d’espoirs » du général de Gaulle, l’est encore davantage aujourd’hui.
Le projet Gaulliste de participation est un projet politique du XXIème siècle. Dans la société de la connaissance, l’espoir se loge dans l’intelligence humaine.
La participation, c’est la gestion intelligente du vivre ensemble dans l’entreprise mais plus généralement dans la République.
C’est un pilier de l’humanisme français, en lutte contre cette part de l’économie, qui s’affiche humainement désertique quand elle légitime des rémunérations en folie.
La participation est à ce jour une spécificité française.
Nous parlons d’une vérité qui en 2004 comptait déjà plus de 8 millions de témoins. Vérité de la participation financière.
J’ai relancé la participation le 23 mars 2005 devant le Conseil économique et social. Mon successeur a prolongé cette initiative en faisant voter la loi du 30 décembre 2006 pour le développement de la participation et de l’actionnariat salarié. Je crois qu’il faut poursuivre nos efforts en faveur de la participation pour au moins trois raisons :
- grâce à l’actionnariat salarié, elle facilite le recyclage des profits vers la consommation des Français. Les salariés doivent bénéficier d’un retour financier sur l’accroissement de la valeur de leur entreprise, c’est ce qu’on a appelé le « dividende du travail » ;
- la participation favorise l’implication des salariés dans la vie de l’entreprise. C’est indispensable au moment ou nous entrons dans l’économie de la connaissance. Plusieurs pays d’Europe l’ont compris, c’est pourquoi nous pouvons faire de la Participation une dimension du « modèle social européen » ;
- et, enfin, elle favorise l’ancrage des entreprises dans leurs territoires. C’est à la fois nécessaire pour recréer de la confiance vis-à-vis de l’entreprise et protéger nos entreprises des OPA hostiles.
J’ajouterai volontiers une quatrième raison qui résume un peu les trois précédentes et qu’évoquait Isabelle DEBRE lors de la discussion parlementaire de 2006 : la participation joue un rôle majeur dans l’amélioration du climat social des entreprises et contribue fortement au développement d’un important volet d’épargne à long terme, constitué notamment dans la perspective de la retraite.
J’ai nommé, lorsque j’avais la responsabilité du Gouvernement, deux parlementaires en mission, MM. François CORNUT-GENTILLE et Jacques GODFRAIN, afin de mener une large concertation et de dresser la liste des modifications possibles et souhaitables. La loi du 30 décembre 2006 constitue, pour ainsi dire, une première consécration de cette mission parlementaire.
Trop souvent, la participation a été mise en avant, puis oubliée. Pendant trop longtemps, nous nous sommes satisfaits que seulement 1 salarié sur 2 bénéficie d’un mécanisme de participation ou d’intéressement. Malgré les efforts de Jacques GODFRAIN pour développer la participation dans le secteur public et ceux d’Édouard BALLADUR pour développer l’actionnariat salarié, la participation est restée cantonnée au niveau des mécanismes au lieu de figurer parmi nos valeurs. Cela doit changer. La participation doit devenir un chantier permanent, une priorité du quinquennat.
Il reste beaucoup à faire, notamment pour généraliser la participation, en particulier dans les PME. C’est pour cela qu’il faudra s’appuyer sur ce qui a déjà été fait pour imaginer les étapes suivantes. La généralisation du livret d’épargne salariale à l’ensemble des salariés pourrait constituer une piste pour favoriser la participation dans les PME comme, peut-être, l’abaissement du seuil pour l’application de la participation.
Je garde également à l’esprit la proposition du rapport de François CORNUT-GENTILLE et Jacques GODFRAIN tendant à obliger les entreprises du CAC 40 à atteindre le seuil de 5 % d’actionnaires salariés dans leur capital. Une telle proposition me semble indispensable si l’on souhaite s’assurer que les salariés actionnaires sont représentés de manière satisfaisante au Conseil d’administration. C’est indispensable pour donner tout son sens à l’éthique de participation.
L’éthique de participation doit être au cœur de la pensée française de « la cohésion sociale ».
Les militants de la participation sont évidemment des partisans du dialogue, notamment du dialogue social. Mon expérience de la réforme des retraites me conduit à confirmer ma conviction : les bonnes réformes sont les réformes partagées.
Je fais confiance aux qualités humanistes de Xavier BERTRAND pour mener à bien le dialogue social préalable à l’acte II de la réforme des retraites.
Pour la cohésion sociale, nous avons besoin de donner un avenir à la participation.
Comme l’a écrit Christian PONCELET, le Sénat est le gardien des grands principes de la participation et un acteur de sa constante adaptation. Vous en êtes, pour votre part, à la fois les promoteurs, les artisans et les concepteurs. Cet anniversaire de la participation est donc aussi le vôtre.
Je vous le souhaite avec bonheur comme je souhaite longue vie à cette valeur qui incarne si bien l’idée que nous nous faisons de la République.
Bon anniversaire à tous et partageons pour finir cette conviction de Tzetan Torodov «l’homme mérite de rester le but de l’homme ».
Je vous remercie.
17 septembre 2007 à 18:12
Monsieur Raffarin,
Je vous écris à propos de l’Europe. En effet, je pense qu’il est désormais temps que l’on passe d’une Europe technocratique, à une Europe politique et démocratique, répondant en tous points aux attentes des peuples européens, et plus particulièrement à celles exprimées par les Français le 29 Mai 2005, lors du référendum sur la Constitution Européenne. Et ce passage, d’une ère technocratique, à une ère démocratique, va dépendre beaucoup de vous.
On connaît la phrase célèbre de Jean Monnet : « je n’ai jamais cru que l’Europe pourrait naître un beau jour d’une grande mutation politique et je ne pensais pas que l’on dû commencer par consulter les peuples sur les formes d’une Communauté dont ils n’avaient l’expérience concrète. »
La période de fondation de la construction européenne s’est de fait caractérisée par l’affirmation d’une logique associant technocratie et fonctionnalisme, et cherchant à mettre en œuvre des projets de coopération sectorielle entre un nombre de partenaires étatiques limité, l’intégration graduelle et progressive découlant du développement de l’interdépendance entre des Etats qui partagent dès lors des intérêts communs.
Cette démarche a été justifiée à l’origine de la construction européenne par la conviction qu’il serait plus facile de s’entendre sur des projets aux contours concrets, que d’édifier une Union d’Etats à proprement parler, recourant nécessairement, à l’adhésion des citoyens.
Cette démarche a par ailleurs été justifiée par la conviction d’agir pour le bien des peuples, qu’il n’était dès lors pas nécessaire d’associer aux processus de décision.
Aujourd’hui, on constate que les analyses et scénarios de sortie de crise reprennent cette « éducation » européenne, en recourant à une approche formaliste, et quelque peu secrète, pour surmonter des échecs. En témoigne le « consensus » trouvé par les Etats membres, sur la proposition de Monsieur Sarkozy : le fameux « traité simplifié ».
Il n’est de fait pas besoin de Constitution pour concevoir et mettre en œuvre des projets susceptibles de garantir l’adhésion populaire à l’Union. Et on peut, en un certain sens, comprendre le choix de la « méthode traditionnelle », pour sortir de ce qui est considéré comme une « crise ». Elle est rassurante. Confortable. Un peu comme pouvait l’être l’Assemblée des Notables, ou les Assemblées provinciales, si conciliantes avec le pouvoir, au contraire des Etats Généraux, sous l’Ancien Régime.
Toutefois, cette logique technocratique, n’est plus possible. On a changé d’époque. Le mode de légitimation par les résultats ne fonctionne plus. L’Europe, il y a cinquante ans, avait un projet politique : la paix sur le continent européen. Autant dire que sur ce point là, son succès est retentissant !
Mais aujourd’hui, cet objectif, couronné par l’entrée des pays de l’Est, est insuffisant. En clair, le projet doit changer. De même que jadis, Charles V fut confronté au fait de modifier sa fonction de roi, en passant d’un roi devant établir une société divine sur Terre, au roi devant établir des règles de base pour vivre ensemble, de même que l’Etat régalien devenu Etat Providence doit aller dans le sens d’un Etat stratège, l’Europe doit s’inventer de nouveaux défis à relever, susceptibles de répondre aux attentes des citoyens.
Il est indéniable qu’aujourd’hui, les peuples européens doivent prendre toute leur part à la construction européenne. Les raisons qui justifiaient qu’on les écarte du processus n’ont plus lieu d’être. Mieux encore, les européens désirent que l’Union Européenne deviennent un ensemble politique (ce n’est pas toujours le cas des dirigeants), ce qui assurément démontre que les européens sont devenus de véritables citoyens européens, et cela même si les institutions sont encore loin de répondre à leurs attentes.
A la manière de la France (mais on pourrait faire le même constat pour tous les Etats européens), qui fut d’abord l’affaire des seigneurs, puis du roi, avant d’être celle des citoyens, l’Union Européenne doit comprendre que l’organisation technocratique voulue par un petit nombre, doit maintenant devenir un ensemble politique, qui dès lors requière la participation et la coopération de tous, et non plus seulement du petit groupe du départ. L’Union Européenne doit comprendre qu’elle a acquis auprès des peuples européens une reconnaissance, qui nécessite qu’elle se prête mieux au jeu démocratique.
Par conséquent, un des premiers éléments à prendre en compte, pour l’Europe est l’ouverture démocratique, voulue par le traité de Maastricht. L’ambition de ce traité était de faire émerger une véritable citoyenneté européenne, un espace public européen, et de manière générale, une démocratie européenne.
Traité fondateur, Maastricht avait pour but, en 92, de passer de la CEE à l’Union, autant dire de répondre au désir normal et légitime des citoyens de voir l’Europe ne pas se cantonner à son rôle d’organisme économique. Citoyenneté européenne, apparition d’un Parlement européen, prévision de mise en place d’une monnaie unique, autant d’éléments symboliques, à valeur démocratique, qui ne peuvent que montrer un changement fort : l’avènement d’une Europe démocratique.
Mais, la logique technocratique prenant le p as sur la logique démocratique, la seule à « prendre le risque » de faire ratifier un traité par son Peuple, fut la France ! Mais ce « formidable » désir de changer les relations de l’Europe avec les citoyens était très insuffisant : une fois de plus, par prudence (ou lâcheté) les Etats refusaient de soumettre au vote l’adhésion des citoyens, au projet européen. En effet, la Démocratie est essentiellement une affaire d’interaction stimulant la coopération et la participation, et pas seulement une affaire de vote au Parlement ! De traité !
Quant à la campagne référendaire en France…Un traité incompréhensible pour la majorité des citoyens (comment comprendre quarante ans de travail retranscrit sur un traité ?), un texte juridique et très technique ! (Or, en principe, le débat ne doit pas être réservé aux experts), un texte non expliqué par les responsables politiques (qui se sont contentés d’appeler à voter « oui » ou « non » selon l’idée qu’il se faisait du traité). Bref, un traité, tant dans la forme que dans le fond, technocrate, et non démocratique.
A bien des égards, la Constitution européenne était du même style. Et le « débat » en France, ou ailleurs, fut du même style. De la surenchère de chaque coté, et des appels à voter « oui » ou « non », sans examen objectif préalable. Comme bien souvent, les responsables politiques n’ont pas été à la hauteur de l’enjeu.
Aujourd’hui, cette démocratie européenne est toujours très difficilement perceptible. D’abord à l’occasion des différents traités, toujours réalisés dans une opacité peu digne de partenaires d’Etats démocratiques. Mais aussi en interne.
Certes, les institutions européennes communiquent. Mais comme elles continuent de communiquer, comme elle le faisait avant Maastricht, elles sont toujours aussi inaudibles pour les citoyens européens.
Ainsi, si la Commission et le Parlement font de réels efforts pour être transparents, le Conseil des Ministres continuent de délibérer à huit clos. Une culture du secret, qu’on retrouve dans les CIG, qui même à l’occasion de la Constitution Européenne, au mépris du Droit Constitutionnel (qui prévoit que les débats concernant toute constitution doivent faire l’objet de publicité !) continuent de décider dans la plus pitoyable opacité les réformes à apporter aux traités.
La Commission européenne, de même, tarde à se faire au jeu démocratique. Ainsi, l’eurobaromètre est révélateur de la tradition technocratique européenne, puisqu’il permet d’obtenir les avantages liés à une mobilisation de la procédure électorale, sans risquer l’inconvénient de l’imprévisibilité du résultat qui lui est attaché.
Usant d’une communication institutionnelle descendante, et donc lointaine, l’UE est en totale contradiction avec la proximité qu’il est nécessaire d’avoir avec ceux à qui on s’adresse.
Même chose sur le plan médiatique. La Commission préfère « l’information contrôlée » d’Ancien Régime, à la liberté de la Presse. Ainsi, peut se comprendre son refus d’une AFP européenne. Encore une manifestation de son « éducation » technocratique ! L’Union Européenne refuse toute « improvisation » : à la manière des Ministres, qui se font communiquer les questions des parlementaires en France, faisant des « questions au gouvernement » une farce pas très drôle, les membres de l’Union, avant tout communiqué, lisent, relisent, font passer à leurs supérieures, tout texte, à destination de la Presse ! Là encore, une « drôle » de comédie.
En revanche, quand le Parlement européen convie la presse en 2004, à l’occasion du changement de « l’équipe Barroso », c’est une réussite complète ! Succès politique d’abord, mais aussi en terme d’image, de communication. Ce geste courageux a ainsi permis de démontrer aux citoyens que le Parlement européen pouvait avoir une utilité démocratique, en tant que représentants des citoyens européens. Bilan : avec ses petits moyens, le Parlement a bien mieux redressé le prestige de l’Europe que la Commission, le Conseil des Ministres, avec leurs équipes de communication.
L’Europe semble vouloir se rapprocher des citoyens, mais même quand elle essaye de bien agir, elle rate complètement sa cible. Ainsi, en 2001, des forums régionaux ont été mis en place par l’Europe, pour discuter de son « avenir ». Le but officiel : parler de l’Europe, de son avenir. Le but officieux : se rapprocher des citoyens, parler de ce que fait l’Europe pour eux, jouer la proximité, ceci pour informer des citoyens qui connaissent peu les actions concrètes, en leur faveur, de ladite Europe.
Résultat des forums ? Echec complet ! Cible visée : les citoyens sous informés. Cible atteinte : les populations déjà sensibilisées aux questions européennes.
Que s’était il passé ? L’Europe, ou du moins les responsables du projet, ont complètement oublié d’informer les « bonnes personnes » de la tenue de ces forums. Seuls les « cercles d’initiés » ont été mis au courant ! Combien de citoyens ont entendu parler de l’événement ? Combien ont souhaité s’y rendre ?
Outre le fait qu’une fois de plus l’Europe a fait de la communication institutionnelle, et non de proximité, les colloques n’étant pas l’affaire de tous, il est évident qu’elle partait déjà mal. Rajoutons à cela que l a préparation de ces forums avait été bâclée, que des « équipes de terrain » n’avaient pas été réquisitionnées pour sensibiliser sur ce thème, on commence à comprendre les raisons du désastre. Pire encore, les responsables du projet avaient pris pour problématiques « l’avenir de l’Europe » : comment ne pas supposer que ces débats, si peu médiatisés, ne soient pas réservés à des experts ?
A contrario, lors du référendum sur l’Europe, en France, les médias utilisés ont été Internet, jeune média qui forcément présentait un intérêt majeur, puisqu’il permettait de constituer des équipes sensibilisatrices, sur toute la France, par le biais d’une simple inscription .
Interactif, jeune, pratique, Internet avait aussi le très grand avantage d’être accessible à tous, et de faciliter une certaine proximité, par le biais des Web Cam, par ex.
Même chose concernant la candidate socialiste. Son ancrage s’est fait par le biais d’Internet, avec désir d’avenir, puis par le biais de réunions citoyennes, prévues, consultables en permanence, transmises par le biais d’équipes de terrain, qui donnèrent au final un projet présidentiel à la candidate socialiste. Si Mme Royal n’avait pas les épaules pour être présidente, elle a au moins su rallier à elle un élan intense derrière elle, qui ont participer, coopérer, pour mettre en œuvre un programme politique. Bref, on peut, comme ont su le faire les trois voire quatre principaux candidats à la présidentielle, fédérer derrière soi des hommes et des femmes, dès lors qu’on communique intelligemment.
Que dire des forums régionaux en définitif ? Que c’était au départ une bonne initiative qui a tourné court. Pire, qui a pu avoir un effet dévastateur. En effet, quelle réaction avoir quand on apprend que près de chez soi s’est tenu une réunion sur l’Europe, à laquelle, faute d’en être informée à temps, on n’a pas se rendre ? Cette initiative ne peut dès lors que confirmer aux citoyens qu’indéniablement l’Europe est lointaine, et bien éloignée de leurs préoccupations, quelles qu’elles soient.
L’Europe doit apprendre, comme d’ailleurs souvent les politiques, à se remettre en cause. L’argumentaire de la persuasion (j’ai raison, vous avez tort, je vais vous convaincre que j’ai raison même si j’ai tort) ne fonctionne qu’à un certain point. Personne n’aime faire des erreurs !
L’exercice du pouvoir ne se résume pas à ordonner, mais au contraire à coordonner. Tout diriger, tout décider, n’est pas ce qu’on attend d’un politique. Du moins, ce ne l’est plus. Aujourd’hui, ce qu’on attend d’un politique c’est qu’il sache animer, orchestrer, rassembler, les forces vives du pays, voire de l’Europe.
En fait, si l’on devait faire une comparaison un peu amusante, je dirais que tout responsable politique a pour fonction de mettre en relation des ensembles différents, et de créer, à partir d’eux, une harmonie.
Il y a une blague, plutôt rigolote, qui dit que le paradis serait :
–des Français affectés aux cuisines
–des Espagnols affectés à la musique
–des Italiens affectés à procurer des douceurs aux dames
–des Allemands affectés à la construction des maisons
–des Suisses affectés au service bancaire
–des Anglais affectés au service de communication
Et l’enfer :
–des Français affectés au service bancaire
–des Espagnols affectés à la construction des maisons
–des Italiens affectés au service de communication
–des Allemands affectés à procurer des douceurs aux dames
–des Suisses affectés à la musique
–des Anglais affectés aux cuisines
Un responsable politique doit en quelque sorte remettre les choses à l’endroit, pour éviter l’enfer aux citoyens, et pour promouvoir le paradis. En clair, un responsable politique se trouve devant un puzzle défait, et il doit mettre les pièces à leur place, sans se tromper, pour assurer l’harmonie de l’ensemble.
Dans le contexte de la mondialisation, les citoyens européens sont conscients de la valeur ajoutée que doit apporter l’UE pour gérer les problèmes environnementaux, économiques, de terrorisme, de lutte contre l’immigration clandestine. Ils veulent savoir ce que peut faire l’Europe, et ce qu’elle ne peut pas faire (si elle n’en a pas la compétence). S’ils le savaient, ils pourraient avoir d’elle une image plus objective qu’à l’heure actuelle, et cette connaissance renforcerait la légitimité de l’Europe. Les citoyens ont aussi besoin de savoir qui fait quoi : car très souvent, ils se demandent : y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Que l’Europe soit la voie à suivre ? Sans nul doute. Mais encore faut il qu’elle assume son rôle de guide, sinon les passagers du vol vont s’inquiéter de voir leur pilote (niveau national) sans plan de vol. Elle doit aussi prouver qu’elle avance, en communicant de façon concrète, pédagogique, non de manière abstraite et technocratique.
L’Europe, si elle doit avancer au niveau de son projet démocratique, doit aussi revoir consciencieusement son projet économique et social. (L’un sans l’autre, c’est le désastre assuré)
Le marché unique est ainsi l’un de ses projets, mais l’Europe, en ce domaine, ne doit pas se satisfaire de l’existant, mais corriger les erreurs qu’elle a pu commettre. En effet, s’il est indéniable que des bienfaits ont été apportés par ledit marché unique, des inconvénients ont aussi été transportés, faisant ainsi des victimes des procédés économiques et sociaux.
Croire que l’action de l’Union Européenne génèrera d’elle-même soutien et consensus relève au mieux de la naïveté, au pire de l’illusion.
La légitimation par les résultats est aussi insuffisante car l’UE ne se contente plus d’administrer un grand marché européen, mais s’octroie des objectifs de nature à bouleverser des équilibres nationaux fragiles, et à mettre en cause la souveraineté des peuples sur leur pays respectif. Ainsi en est il des questions diplomatiques et militaires, mais aussi fiscales et sociales. Il convient donc de renouer le fil de la légitimité populaire.
Il convient également de s’interroger sur le prolongement typique de la logique fonctionnaliste, qui consiste en gros à penser que plus d’information et de communication sur les bienfaits de l’Europe entraîneraient ipso facto le consentement populaire, l’adhésion des citoyens. Le désaccord des opposants à certaines décisions et actions de l’UE, s’expliquant, à Bruxelles, par le déficit médiatique de l’UE auprès des citoyens. S’il convient d’être d’accord sur la faiblesse des informations relatives à l’Europe, en France, et si tout effort allant dans le sens de le diminuer est louable, cela ne saurait cependant suffire à régler le problème du déficit démocratique dont souffre l’UE depuis maintenant de nombreuses années. En effet, il ne suffit pas d’informer et de communiquer sur l’Europe : il convient aussi d’organiser les conditions d’un débat continu et transparent sur les enjeux européens, qui doit ainsi lier les décisions prises aux suffrages exprimés par les citoyens.
Il convient de voir ce qui peut être mis en œuvre sans le TCE. Une première voie consisterait à introduire les principes de transparence et de publicité au Conseil des Ministres quand ils siègent comme législateurs au coté du Parlement Européen. A l’heure actuel, le Conseil des Ministres a toujours délibéré et voté à huit clos les directives et les règlements proposés par la Commission.
Pour assurer cette transparence, nulle nécessité d’avoir une Constitution Européenne. Il suffit d’une modification de l’article 5 1) du règlement intérieur du Conseil, pour ouvrir les sessions du Conseil au public. Cette modification peut être adoptée à la majorité simple des voix au Conseil des Affaires Générales, et par conséquent il est concevable que cette disposition soit introduite rapidement. Puisqu’en 2006, ledit Conseil a pris la bonne décision que les délibérations, débats, et votes, adoptés par co-décision seront désormais publics, un tel espoir est il impossible ?
Le problème actuel est que cette ouverture au public reste restreinte, puisque le Conseil est libre d’accepter ou non, l’ouverture des débats au public. C’est fort dommage. On a vu plus démocratique par le passé. En effet, outre que cette ouverture des sessions permettrait aux journalistes de mieux faire leur travail d’information auprès des citoyens, cela mettrait également un frein au discours sur « les transferts de responsabilités » qui prospère, grâce au maintien d’un système aussi opaque, et qui déclenche des dégâts dont ni les « politiques » au niveau national, ni les « hauts fonctionnaires » de Bruxelles, ne semblent prendre la mesure.
Car si se dédouaner de ses responsabilités d’élus ou de Ministres est facile, en faisant de l’Europe un bouc émissaire, tôt ou tard cela se retourne contre eux. Pourquoi réélire un gouvernement et un Parlement qui ont pratiqué la méthode du « laisser faire » en politique ?
Le rapprochement de l’Europe et de ses citoyens passe d’abord par un renforcement de la représentation parlementaire nationale, c’est évident, notamment en matière de contrôle politique des décisions européennes.
La situation actuelle est négative sur tous les points : les parlementaires français sont ainsi persuadés de ne servir à rien, et délaissent leur mandat national en partant à la course au mandats locaux, les parlementaires européens jouent aux Etats Provinciaux, toujours conciliants avec la bonne Commission, comme l’étaient ces Etats avec l’autorité royale. Les gouvernements et la Commission s’aveuglent, les uns en tapant sur Bruxelles dans l’espoir d’exister, l’autre en réagissant comme une citadelle assiégée, proposant des projets tout aussi fabuleux qu’irréalisables, et finalement se cantonnant à faire la pluie et le beau temps sur l’économie européenne, à la manière des aristocrates des temps passés.
Les parlementaires nationaux ont beaucoup à apporter à la construction européenne : ils sont le fil pour ressouder le lien, un peu comme pouvait l’être les Etats Généraux, quand il s’agissait de renouer les liens entre le roi et le Tiers, pour vaincre les corporatismes des deux autres Ordres. Comme eux, les parlementaires sont perçus avec méfiance par « l’Exécutif », comme eux, ils recèlent en eux le plus grand espoir des citoyens.
Les parlementaires nationaux ne sont pas là pour affronter l’Europe, pour la réduire en bouillie, mais pour lui apporter d’une certaine manière leur connaissance, leur expérience. Les parlementaires ne doivent pas agir en ennemis d’un ensemble qui se veut politique, mais agir en tant que soutien à l’Europe, tout en restant le gardien de la souveraineté française.
De son coté, l’Europe ne doit pas « refiler » aux parlementaires nationaux le seul travail de veiller à ce que le principe de subsidiarité soit respecté. Les parlementaires ne sont pas des fonctionnaires de l’Europe, qui exécutent ce qu’elle leur demande, ce sont des personnes, qui du fait du mandat qui est le leur, n’ont pas une obligation de réserve. Au contraire, les parlementaires, s’ils ont une obligation, c’est celle de parler, de s’exprimer, librement, avec leur pleine conscience, en faisant des propositions constructives. Et l’Europe, qu’elle le veuille ou non, à un devoir vis-à-vis d’eux : celui de les écouter.
Quelle définition peut aujourd’hui faire de l’Europe un citoyen européen lambda ? Une organisation politique visant la paix, la Démocratie ? Certes pas ! A tort ou à raison, l’Europe est aujourd’hui perçue comme une organisation préconisant l’extension du libre échange entre les pays qui la composent, et avec le reste du monde. Une organisation qui méprise les Peuples, qui cherche à les assujettir, même pour une partie des européens.
Terrible constat ! Infondé ? On peut se le demander. Désavouée à plusieurs reprises par les citoyens, l’Europe, qui cherche tant à promouvoir la Démocratie, semble oublier de s’appliquer sa recette. Sinon, comment comprendre l’absence de discussions, de débats, sur les bienfaits du libre échangisme, proclamés par le traité de Rome ? Pire encore, sa volonté de poursuivre un processus de libéralisation communautaire ?
Il ne s’agit pas de remettre en cause des principes fondateurs, qui avaient, à l’époque où ils ont été écrits, toute leur cohérence, leur utilité, leur force. Mais convient il pour autant de faire primer certains dogmes sur le bon sens ? Penserait on que les citoyens n’auraient pas de plus cher désir que d’embêter l’Union ?
Que dire du référendum de 2005 en France ? Qu’il s’agissait d’une amère victoire pour les uns, d’une douce défaite pour les autres ? Mais au lieu de s’arrêter au résultat, il est sans doute bon d’examiner ce qui explique ce nouvel échec (car ce n’est pas le premier) de l’Europe, à faire adhérer les européens à son projet politique. Les Français, et d’autres, ont rejeté la partie I du traité, qui parlait de faire de l’Europe un Etat fédéral. Ils ont donc condamner l’approche supranationale de l’Europe. Les Français et d’autres, ont rejeté la partie II, donc les Institutions et leurs modifications. C’est donc la structure politique même de l’Union qu’ils ont mis en question. Les Français, et d’autres, ont rejeté la partie III, une partie dont l’essentiel dispositions sont déjà en vigueur. Bref, toute la politique libre échangiste balayée en clin d’œil.
Comme démenti, on n’a jamais vu pire ! On peut certes se gloser de ces « résultats » décevants, il n’en reste pas moins que leur vote traduisait un rejet qui n’a aucune raison d’avoir disparu aujourd’hui.
A force de faire de belles promesses depuis 92, l’Europe s’est décrédibilisée en oubliant qu’elle avait promis de devenir un ensemble politique et non une entreprise uniquement économique. Comment dans ces conditions susciter l’adhésion populaire et politique ?
Pour montrer sans doute sa bonne volonté, l’Europe a un peu remanié cette directive au nom imprononçable qui avait fait polémique dans le « pays récalcitrant », et mit au placard la libéralisation aéroportuaire, attendant des jours meilleurs.
En revanche, elle a poursuivi la « politique libérale » qui fonde une partie de son identité et de son programme actuel.
La libéralisation des secteurs ferroviaires et énergétiques, a été maintenue. Celle du service postal également. La Commission a aussi sorti les « monopoles » du Livret A, des jeux, dénonçant ainsi une « contrainte » à son principe de « concurrence pure et parfaite ».
Ces piques à l’égard de la France sont sans doute pour la plupart d’origine dogmatique, mais le soupçon ne peut laisser que penser que de cette manière l’Europe espère se venger du « pays récalcitrant ». Un soupçon que ne pourront qu’exploiter les partis politiques qui eux ne sont pas contre la manière dont fonctionne l’Europe, mais contre l’Europe en elle-même.
Pour faire simple, la situation n’est pas rassurante pour la France, où le concept de concurrence, sans aucune règle, hormis celle du marché, n’a jamais été très bien perçu. Mais l’Europe ne devrait pas être, de son coté, aussi confiante, aussi satisfaite : elle ne pourra prospérer sans prendre davantage en compte les perceptions d’un nombre non négligeable des citoyens européens vis-à-vis du processus de libéralisation européen.
En effet, l’Europe semble ne pas saisir les limites philosophiques, factuelles, et sociologiques, au regard des représentations politiques de nombre de citoyens. Tout d’abord, le libre échange a été instauré dans un but bien précis, à l’origine de la construction européenne : la réconciliation continentale, la paix. Ses inspirateurs étaient moins Adam Smith que Montesquieu, voire les « modèles » européens, telle que la chrétienté ou la « pax romana ». Au moment du traité de Rome, c’est au nom de cette réconciliation, dont parle fort intelligemment Jean Monnet, que les signataires proposent de mettre en commun leur charbon et leur acier. Et s’il est écrit « libre circulation », il s’agit surtout de rapprocher des peuples, qui depuis la guerre, se regardent en chien de faïence. L’économie n’était pas un but, c’était un moyen. Le traité de Rome n’était pas en réalité un traité fondateur proclamant comme valeurs suprêmes celle du libéralisme et du profit, mais au contraire un traité de paix.
Quand en 1851, Louis Napoléon Bonaparte proposa le premier traité de libre échange à l’Angleterre, le but n’était pas tant de conclure des accords économiques, que de négocier la paix. C’était un moyen de se concilier l’a priori favorable d’une Angleterre, redoutant de voir un nouvel Empereur en France. Bref, d’instaurer la paix. Le but des signataires de 1957 n’était pas différent. Il s’agissait ni plus ni moins d’effacer définitivement les antagonismes qui pouvaient exister entre deux pays qui avaient passé la moitié du siècle à se combattre.
Qu’on ait choisi dans les deux cas de mettre en place un processus de libre échange est normal. Quand Louis Napoléon devient Président de la République, il applique logiquement les méthodes qui lui semblent bonnes, car vues et examinées en Angleterre, durant son exil. Face aux difficultés d’une France bloquée par un protectionnisme excessif, Louis Napoléon adopte le libéralisme, qui lui semble le pendant du protectionnisme, tout en veillant cependant à ne pas éveiller de craintes, en prenant toutes les dispositions nécessaires, pour faire adhérer l’ensemble des Français à ce traité signé conjointement avec l’Angleterre.
En 1957, les signataires du traité de Rome sont dans les mêmes dispositions : le protectionnisme national était en partie discrédité par ses excès ravageurs de « l’entre deux guerres » et le dirigisme soviétique constituait un repoussoir tout trouvé. Il avait d’autant moins à être justifié qu’il était resté longtemps à l’état de principes, s’appliquant essentiellement, et progressivement, au commerce des marchandises, puis aux capitaux et aux personnes, et enfin, plus récemment, aux services.
Outre cette limite d’ordre philosophique, qui montre que le moyen a surpassé l’objectif, l’Union ne peut oublier les autres limites qui empêcheront, si elle ne réagit pas, qu’elle prospère.
En effet, on peut bien dire à tout va que cette libéralisation est justifiée, en actant de ses bienfaits positifs en terme d’emplois et de croissance, dans les pays où ni la croissance, ni l’emploi, ne sont au rendez vous, dont la France, ce genre de justification est inaudible. Si ce « marasme » économique est en grande partie dû à des dysfonctionnements de nature interne, l’Union Européenne devrait tout de même être prudente dans son autosatisfaction. Car l’Union Européenne peut difficilement s’exonérer de difficultés qui frappent nombre de pays de la zone euro, et non des moindres (Allemagne, France, Italie…).
Quand l’Union Européenne refuse, par ex, d’aider les PME françaises, européennes, en leur permettant d’accéder au même Small Business Act que leurs consoeurs américaines, chinoises, indiennes, alors que rien à l’OMC ne l’empêche, au nom de la « concurrence et parfaite », les européens peuvent logiquement se demander comment la concurrence pourrait être parfaite, si les autres Unions économiques dans le monde partent avec des avantages supérieurs. On peut tout autant s’interroger, dans ces conditions, sur l’utilité d’une Union, dont le but initial était de rendre plus fortes les économies de ses membres, mais qui leur refuse les conditions pour ce faire, au nom d’un dogme, dépassé depuis longtemps. Il n’en faut pas plus pour que les entrepreneurs européens, et notamment ceux qui dirigent des PME, prennent en grippe l’Union Européenne…Et plus grave encore…Leurs employés. (Or, les PME sont le vivier des emplois de demain !) En empêchant les PME d’être compétitives, en respectant des règles de jeu biaisées, et qui sont à son désavantage, comment l’Union Européenne peut elle sincèrement être audible, auprès des entreprises européennes ? Et prétendre défendre l’emploi, en mettant ce dernier en danger ?
D’autres objectifs peuvent être exprimés sur le plan micro économique : la libéralisation européenne des marchés de l’énergie a été contemporaine d’une hausse des prix, la libéralisation du fret ferroviaire a parfois conduit à une diminution du trafic, notamment en France, la suppression du 12 a conduit à une contraction du marché des demandes de renseignements téléphoniques. Effets pervers qui font fortement, et évidemment, douter, les européens, sur les bienfaits apportés par ladite Union. Perception négative des apports de l’Europe, qui devrait beaucoup plus être prise en compte par celle-ci, dans l’avenir, si elle veut assurer le sien.
A ces limites factuelles, s’en ajoutent d’autres, de nature psychologique. Dans ses discours, l’Union Européenne fait de brillants rappels à la diversité des Etats qui l’ont rejoint, au respect de leur identité respective. Mais dans les faits, cette diversité, cette identité, n’est en aucun cas respecté.
Ainsi, la libéralisation voulue par Bruxelles, a l’objectif louable de favoriser le pouvoir d’achat et de favoriser le consommateur. C’est tout à son honneur, et on ne saurait lui reprocher un tel objectif. Sauf que l’Union semble oublier que pour les citoyens elle n’est pas l’ALENA, LECLERC, mais un ensemble qui se veut politique. Par conséquent, les citoyens vis-à-vis d’elle ne réagissent pas, surtout dans les pays très touchés par le chômage (comme la France), en consommateurs avisés, mais en travailleurs inquiets, en citoyens responsables (sur le plan social, environnemental). En ciblant le consommateur au détriment du travailleur, du citoyen, l’Europe s’aveugle.
Un travailleur attend qu’on protège son emploi, ou à défaut qu’on lui en procure rapidement. Un travail, pour un citoyen, procure de la sécurité, de la valeur (il défini un statut social). Et ce travail conditionne la consommation du citoyen. Un travailleur inquiet consomme moins qu’un travailleur optimiste sur son avenir.
Un consommateur peut se restreindre dans sa consommation. Un travailleur ne peut prendre le risque de perdre son travail. Un citoyen européen préférera donc toujours avoir l’assurance de pouvoir garder son travail ou d’entrer sur le marché du travail sans trop de difficulté, que d’avoir l’assurance que le prix des courgettes n’augmentera pas.
Un citoyen européen ne serait être défini que comme homo économicus. Les entreprises européennes semblent de plus en plus en prendre compte, puisqu’elles commencent à donner une dimension plus sociale à leur entreprise, et prennent des engagements environnementaux (la manifestation la plus expressive de ce changement, se voit par l’utilisation systématique de « consommateur citoyen » dans leur stratégie de vente. L’Union Européenne semble, de son coté, ne percevoir les citoyens européens, que comme des consommateurs. Or, l’aspect citoyen, travailleur, consommateur, ne peut être que lié !
Il suffit d’aller dans un supermarché pour constater ce rapport. Pourquoi, si les aspects citoyens responsables et travailleurs n’étaient pas corrélés, à celui de consommateur, les entreprises modifieraient elles leur message publicitaire en fonction des pays « cibles » ? Proposeraient elles des produits « du terroir » ? « Produit en France » ? « Bio » ? « Elevés en plein air » ? Respectant le travail des populations locales « commerce équitable » ?
Faute de se préoccuper du travailleur et du citoyen, en privilégiant systématiquement le consommateur, l’Union Européenne, présentent aux européens une libéralisation perçue plus comme une menace (pour leur emploi, la planète, leur avenir) que comme une opportunité (pour leur pouvoir d’achat). En d’autres termes, ce n’est pas la Mondialisation le « problème » mais la manière dont l’Europe la présente aux citoyens.
Par ailleurs, l’Europe néglige trop la dimension symbolique de ses actions. Les interventions communautaires sont légitimement appréhendées, car elles mettent en évidence la perte de souveraineté des Etats membres, au profit d’une Union, dont on a déjà dit qu’elle était perçue, par sa politique, comme plus néfaste qu’utile.
L’époque est certes différente, mais on peut cependant faire un parallèle entre l’Ancien Régime et maintenant. Quand par ex Saint Louis proposa à son Peuple une Justice Royale qui aurait une sorte de « supranationalité » par rapport à la « Justice » seigneuriale, il n’y eut pas une forte méfiance, car ce qu’apportait la Justice Royale était vécue positivement, ceci d’autant plus que le système féodal souffrait d’un fort discrédit en matière de Justice. Aujourd’hui, lorsque l’Europe « touche » à « l’âge de la retraite » cela est logiquement appréhendé, puisque les citoyens français, pour ne prendre qu’eux, sont en tout point favorable au système français en la matière. En revanche, parce que la Justice française est défaillante, une « Justice Européenne » est assez désirée par les mêmes. Tout est donc affaire de « présentation », de « rendu », de « valeur ajoutée ».
Sur ce registre, on peut par ex constater que l’action de l’Union Européenne aura récemment concerné nombre d’entreprises ou de services qui représentent autant « d’institutions » aux yeux des Français : suppression du « 12 », dénonciation du monopole du PMU et de la Française des Jeux, libéralisation du rail (SNCF) et de l’électricité (EDF, GDF). Libéralisation postale annoncée, et mise en cause d’avantages de la Poste…Premier employeur de France. Cette intervention, qui a ses fondements, a en même temps un prix politique symbolique et politique très fort, que l’Union Européenne néglige totalement. A tort. Car au lieu d’une intervention plus ou moins bénéfique, cette action est vécue comme une agression, une invasion.
Et logiquement, elle ne peut qu’inquiéter, et renforcer l’idée que l’Union Européenne se mêle de tout (au niveau économique), sans rien faire, là où il faudrait qu’elle agisse, ou du moins là où on attend d’elle qu’elle agisse. (Social, environnemental).
Cette situation est très dangereuse pour l’Europe, qui ne doit pas se transformer en « despote » dans l’imaginaire des citoyens. Elle est d’autant plus dangereuse que le « service après vente » de ces actions, est peu ou pas mis en œuvre, par elle, ou par les Etats membres. En clair, l’Union Européenne se conduit en conquistador qui après avoir pris tout ce qui lui fait envie, laisse les populations plus mortes que vives, sans s’inquiéter des conséquences de ses actes. Elle en parait d’autant plus irresponsable, et illégitime.
L’Europe s’aveugle dans ses dogmes, et va droit dans le mur. Le référendum de 2005, au regard des éléments précédemment présentés, ne pouvait que conduire à un « non ». Autrement dit, l’Europe c’est un peu l’Eglise avant son examen de conscience. (N’était elle pas méfiante envers la Science et l’Histoire, l’Eglise ! Et aujourd’hui, ces mêmes « ennemies » de la Croyance, sont devenues ses plus fidèles soutiens !) Et cela est d’autant plus grave, que loin d’en tirer des leçons, l’Union Européenne ne prend la mesure de ce « non » français, et du même « non » des Irlandais, pour le traité de Nice en 2001. Ainsi, au lieu de prendre un peu de recul, pour repenser sa politique, la voilà qui frivole continue de mettre en cause le monopole du livret A…Et qui se prend une nouvelle fois un soufflet en la personne de Monsieur Borloo « laissez nous tranquille sur le financement du logement social ! »
Certes, comme à son habitude, l’Union Européenne peut continuer de gloser sans relâche sur la mauvaise foi ou l’ignorance des responsables politiques nationaux. Les promoteurs de la libéralisation totale, en Europe ou dans les Etats membres, devraient pourtant s’aviser qu’approfondir leur démarche dans un tel contexte est pour le moins périlleux.
Peut on aller vers une Union Européenne plus politique, plus démocratique ? Oui, puisque les citoyens le veulent, le désirent, comme ils l’ont manifesté lors des différents « baromètres » concernant leurs attentes, demandant clairement une défense européenne, une Constitution européenne à condition qu’elle soit ratifiée par référendum, le référendum d’initiative populaire, un Président européen élu au suffrage universel, un Parlement européen et des Parlements nationaux renforcés.
Aller vers une Europe plus politique, plus démocratique, est assurément le meilleur moyen pour susciter une adhésion populaire et une légitimité, à l’Europe. Mais pour cela, il ne convient pas de faire ressusciter ce qui n’a pas marché, ou de poursuivre, ni vu ni connu, avec les mêmes textes, comme si l’expression souveraine des Nations comptait pour du beurre.
Il semble évident qu’une pause est nécessaire, dans le processus de libéralisation, puisque c’est lui qui a connu un rejet fort des citoyens. Certes, les bases juridiques permettant cette libéralisation datent du traité de Rome, mais si l’on a attendu un demi siècle pour en faire usage, ne peut on encore patienter quelques temps, au moins sur certains domaines, afin de favoriser le succès des politiques institutionnelles de l’Union ?
Et lorsqu’on décide de promouvoir la libéralisation de tel ou tel secteur économique, va-t-on enfin adopter une stratégie politique globale de soutien, visant à convaincre les citoyens de ses bienfaits, sur le court, moyen, long terme, plutôt que de s’en remettre à des dogmes selon lesquels une libéralisation économique est forcément bonne par nature ?
Alors que les Etats-Unis allient depuis plus de quarante ans ouverture commerciale et soutien financier à ceux qui en sont victimes, l’Union Européenne continue de faire comme si sa politique de libéralisation n’avait aucun effet négatif. C’est une fois de plus, une conduite irresponsable, auprès des citoyens, alors même qu’elle se présente comme garante de Droits Fondamentaux, mais surtout un comportement des plus inacceptable, dans sa condition de « mal aimée », puisqu’elle se présente aux citoyens comme indifférente à leurs difficultés. Une fois de plus, l’Union oublie complètement qu’elle est déjà perçu comme un ensemble politique, qui de part son statut à la mission justement de protéger l’Union de l’ensemble des citoyens des Etats membres, et non comme une organisation essentiellement économique, dont les citoyens n’attendent aucune aide. Parce qu’ils la financent, parce qu’ils ont des représentants à Bruxelles, parce que leur chef d’Etat et leurs Ministres vont « à Bruxelles » et y siègent, les européens attendent de l’Union une contrepartie, que par ex ils n’attendent pas de l’OMC ou de l’ONU. L’OMC a vocation à s’occuper des échanges, l’ONU à vocation à préserver la paix dans le monde. Ce sont deux organisations qui sont dans leur rôle. L’UE ne l’est pas. Elle n’exerce pas les missions qu’on confie à un ensemble politique. Elle ne peut en conséquence qu’être impopulaire.
La concurrence à l’intérieur de l’ONU doit aussi faire l’objet de réflexion. L’UE ne peut continuer à fermer les yeux. Elle doit au contraire consacrer une partie de son budget à mettre en place un soutien financier visible et spécifique pour les victimes de « délocalisations » certes très limitées dans leur ampleur, mais dont l’impact médiatique, politique, est dévastateur pour la construction européenne. A partir du moment où l’Europe gère la « mondialisation », s’occupe de l’ouverture commerciale, elle doit aussi assurer le « service après vente », auprès des victimes de ladite mondialisation.
Enfin, comme si cela ne suffisait pas, l’Europe donne d’elle une image particulièrement négative de ses actions autres qu’économiques. Ainsi, dans tous les domaines où on l’attend, éducation, formation, recherche, environnement, social, elle tergiverse, recule, fait preuve d’une mauvaise foi ridicule. Ainsi, par ex, on la voit souvent proclamer haut et fort une politique environnementale forte, mais rien dans les faits, une politique de compétitivité, mais sans budget, et une fois de plus faites avec un évident mauvais vouloir. Par contre, sur le terrain de l’économie…Elle vole ! Rien d’étonnant si les citoyens la perçoivent comme indifférente à leurs problématiques quotidiennes.
Monsieur Raffarin, vous avez la possibilité de changer les choses, prochainement. Car vous allez devoir vous penchez sur le « traité simplifié » de Monsieur Sarkozy. Il est très important que vous compreniez que le « projet » européen, actuel, ne fait pas du tout consensus, auprès des citoyens, qui demandent un projet beaucoup plus politique, qu’économique. On ne peut continuer à partir des restes d’un traité pulvérisé par les citoyens Français, irlandais, néerlandais, anglais, etc. Une refondation ne se fait pas sur des ruines.
C’est pourquoi je vous conjure de faire appel à toute votre volonté, votre énergie, votre désir d’aider la construction européenne, tout en préservant la souveraineté des citoyens Français sur notre France.
Cordialement
Anita Castelau
anitacastelau@yahoo.fr
P.S : concernant la Chine, est il très morale que nous, la Patrie des Droits de l’Homme et du Citoyen, nous nous rendions aux JO de Pekin, alors même qu’on sait le sort fait à la population chinoise (qui profite peu de la croissance économique), aux Droits de l’Homme, sans parler du soutien honteux de « Pekin » aux génocides perpetrés notamment au Darfour?
27 septembre 2007 à 22:27
« L’essentiel est de participer », selon le Baron Pierre de Coubertin.
Pierre ARCHAMBEAUD
3 octobre 2007 à 12:19
Monsieur le Premier Ministre,
C’est à une certaine forme de participation que je voudrais réagir. Non celle qui est, comme vous le dites si bien, une « gestion intelligente du vivre ensemble dans l’entreprise » mais celle qui a réuni un certain nombre de personnalités dans une petite commune de la Vienne. Il s’agissait d’inaugurer les nombreux travaux réalisés sur une église rurale, travaux de sauvegarde d’un bâtiment fragilisé par les ans et travaux… d’embelissement. Ou qui se voulaient tels.
Et nous avons entendu la -longue- liste de tous ceux qui avaient participé à ces différents chantiers. Je devrais d’ailleurs écrire à ces « différends » chantiers tant celui du vitrail est révélateur de la fracture qui existe à notre époque entre ceux qui, respectueux du passé, entendent restaurer notre patrimoine sans le violer et ceux qui, sous prétexte de modernité, cautionnent les élucubrations les plus extravagantes et souvent les plus laides.
Cette petite église est un bijour d’art roman. Et voila que l’on colle dans le choeur un vitrail dont la signification, en dépit des explications laborieuses d’un abbé qui cherche avant tout à éviter la division parmi ses ouailles, n’a de sens que pour celui qui l’a conçu (et encore ?). Les couleurs, hurlantes, jurent avec celles du maître autel magnifiquement restauré. Elles inondent d’une trop grande clarté un choeur dont les constructeurs n’avaient certainement pas prévu qi’il serait ainsi illuminé. La lumière, dans l’art roman, a un rôle bien précis : elle doit aspirer le regard vers le haut et non écraser le fidèle. Elle doit aider à prier, non déranger la méditation. Mais qui se soucie de cette dimension de la lumière aujourd’hui, comme de la finalité véritable de ce qui est appelé parfois un « lieu de culte » ?
Dans les discours qui se sont succédés, un seul a fait référence à la foi : le vôtre, Monsieur le Premier Ministre. Et vous êtes le seul a avoir cité un auteur chrétien, le Cardinal de Lubac. Dans les autres interventions, nous avons eu droit à un peut tout y compris à l’évocation du « grand horloger » qui, par dessus le marché, aurait créé un monde « avec quelques râtés ». C’est un comble d’entendre ça dans une église ! Mais peut-être personne d’autre que moi n’a t-il relevé l’incongruïtédu propos.
En tous cas, il y a un habitant qui a su répondre avec beaucoup d’esprit à un fonctionnaire zélé qui suggérait de supprimer de la nef le chemin de croix XIX°, au prétexte qu’il n’était pas contemporain de l’édifice : « alors, Monsieur, s’il faut enlever cela, enlevons vite aussi le vitrail : il n’est pas d’époque ».
Ce mot d’esprit, frappé au coin du bon sens rural, m’a bien fait rire, même si j’ai gardé pour moi mon hilarité. Et j’ai pensé : un jour, espérons-le, le bon sens reviendra en France. On cessera de s’extasier devant des horreurs élevées au rang d’oeuvres d’art. Et on réfléchira un peu plus avant de parler…
Pour ne pas finir sur un coup de griffe, je dirai tout de même que tous les autres travaux réalisés sur cet édifice m’ont semblé de fort bon goût et qu’il est heureux qu’une partie de nos impôts « participe » à aider notre patrimoine à affronter l’avenir.
Veuillez croire, Monsieur le Premier Ministre, aux sentiments bien respectueux d’un
Chat Critique
30 octobre 2007 à 5:26
Mr le Premier-Ministre Jean-Pierre Raffarin,
Je vous remercie pour la qualite de votre discours sur la participation, vous montrez bien la dimension sociale du dialogue humaniste qui pre-figure la societe de demain.
La Participation est un des outils de la dynamique sociale et economique des entreprises, de la france, de l’Europe et sa relation avec le monde.
La societe de demain n’existera pas sans elle car elle fait parti du lien social.
Chacun dans une societe doit « etre reconnu comme tel » la participation passive ou active reconnait a l’homme sa place dans la societe.
Veuillez agreer Monsieur le Premier-Ministre, l’expression de ma tres haute consideration.
Jany Guiot
nb pardon pour les accents, le clavier que j’utilise n’en a pas