Un vent d’enthousiasme et d’espoir s’est levé depuis les rivages de la Méditerranée, qui souffle aujourd’hui sur l’Europe et ses voisins méridionaux.
L’Europe, notre Europe, s’est remise en marche.
La Méditerranée, mare nostrum, est sur notre route : à nous, Européens, de choisir d’avancer ensemble vers ce « carrefour des civilisations » qu’elle n’a jamais cessé d’être.
La Présidence française de l’Union frappe à notre porte. Au terme de cet exercice, le dernier du genre, notre pays aura porté une série de projets ambitieux : la lutte contre le changement climatique et contre l’insécurité énergétique, la définition d’une politique commune de l’immigration, ou encore le renforcement de nos capacités opérationnelles de défense, sont autant de priorités dont nous avons le devoir de nous saisir sans attendre.
Parmi ces projets, il en est un qui retient toute mon attention, en ce qu’il symbolise et cristallise à lui seul l’ensemble des problématiques évoquées à l’instant. Je veux bien entendu parler de l’Union pour la Méditerranée (UpM), dont la réunion fondatrice se tiendra à Paris, le 13 juillet prochain.
Berceau de notre civilisation commune, la Méditerranée représente aussi notre avenir, comme l’a récemment relevé le Président de la République à Tunis. Croisement des cultures, des religions et des civilisations, elle est ce point de contact et de passage obligé entre le Nord et le Sud, entre l’Europe et l’Afrique. Théâtre économique et stratégique à ciel ouvert, elle reste plus que jamais la zone d’influence majeure au 21ème siècle, dont les Européens ne peuvent se désintéresser.
Ce n’est pas la première fois que l’Europe regarde ses rivages méridionaux : le processus de Barcelone, initié en 1995, jetait les bases d’une large coopération entre les deux rives de la Méditerranée. Treize ans après, force est de constater que ces efforts s’essoufflent, et qu’il manque une réelle ambition. Cette ambition, l’UpM n’a d’autre but que de l’insuffler à nouveau, en jetant de nouveaux ponts par-dessus les flots : l’amélioration de l’approvisionnement énergétique, la dépollution de la mer, la coopération en matière de sécurité civile, la mise sur pied d’un ambitieux programme scientifique et académique (Erasmus Maghreb), seront autant de passerelles entre les peuples, autant de lignes claires pour leurs dirigeants, autant de projets concrets et nécessaires pour leurs économies respectives.
Ce projet d’inspiration française a été, depuis son lancement par Nicolas Sarkozy, modifié en étroite concertation avec nos partenaires européens, en particulier avec l’Allemagne, qui y prendront toute leur part. Le résultat final, qui prévoit une co-présidence Nord-Sud, assistée d’un secrétariat aux effectifs légers, incarne cette culture du compromis si chère aux vrais européens. L’UpM démontre surtout qu’il est encore possible de lancer en Europe des projets ambitieux et réalistes, en s’inspirant des acquis du passé (Barcelone), pour mieux se projeter ensemble dans l’avenir. Ce travail consacre, au-delà d’inévitables divergences de vue, la capacité intacte des Européens à travailler main dans la main à l’édification d’un avenir meilleur, qui concilie sécurité et ouverture au monde.
Le temps des tractations diplomatiques écoulé, le temps des célébrations passé, viendra le temps de la pratique quotidienne. Ce temps sera aussi celui, je l’espère, de cette « diplomatie parlementaire » que j’appelle de mes vœux, et que je m’efforce de mettre en pratique tous les jours. Car si l’impulsion des gouvernements est indispensable, rien ne peut se faire sans les parlements nationaux. Et ce beau projet ne se fera pas sans associer étroitement les peuples de toutes les rives de la Méditerranée, ainsi que leurs représentants élus. La réunion des présidents des Commissions des Affaires européennes des Parlements de l’Union, qui se tiendra à Paris le 7 juillet prochain, débattra d’ailleurs du projet d’Union pour la Méditerranée avec Mme Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne aux relations extérieures, et M. Alain Le Roy, ambassadeur en charge de ce projet.
C’est en cela que l’UpM diffère fondamentalement des initiatives antérieures : associant dans une démarche inédite d’égalité tous les pays du pourtour de la Méditerranée, ce projet offre une place prépondérante aux acteurs de la société civile et aux entreprises privées. Basée sur des logiques de coopération volontaire et de partenariat égalitaire, cette Union d’un nouveau genre laissera toute leur place aux initiatives non institutionnelles, tout en leur assurant un cadre politique cohérent.
Que cette Union pour la Méditerranée soit celle de tous les peuples, qu’elle contribue à rapprocher les civilisations dans le respect, qu’elle soit un espace d’échanges qui apaise les tensions et sème, dans cette région qui en a tant besoin, les graines de la paix et de la prospérité !
Pierre Lequiller
Président de la Délégation pour l’Union européenne de l’Assemblée nationale, député des Yvelines
Commentaires
le 14/10 à 18:49
Monsieur le Premier Ministre, J’ai suivi ce soir sur la Chaîne « Public Sénat » un « Face à Nous [...]
le 14/10 à 18:39
On ne peut que saluer la réponse d'un homme d'Etat. Merci. [...]
le 14/10 à 18:38
Je vous attendrai pour débattre avec vous pierre, beau prénom qui est aussi le mien :) [...]
le 14/10 à 13:43
Cher Pierre, Je ne puis qu’ajouter mes pensées à celles de nos amis pour affronter cette épreuve. [...]
le 14/10 à 12:21
Cher Pierre, Toutes mes affectueuses pensées dans l'épreuve que vous affrontez. A bientôt. jp [...]