La présidence française du Conseil de l’Union Européenne, qui débutera le premier juillet, suscite des attentes à la hauteur de l’engagement fondateur de ce pays pour la construction communautaire.
A l’aube du renouvellement du Parlement européen et de la Commission en 2009, cette présidence n’en est que plus importante. Et la situation nouvelle créée par le non irlandais au Traité de Lisbonne doit permettre de montrer que l’Europe, même face à des situations imprévues, est capable d’avancer.
La présidence française est d’abord attendue sur les grands dossiers de l’actualité communautaire
J’ai la satisfaction de constater que la présidence française va consolider les grands chantiers communautaires qui touchent de très près nos concitoyens.
Je pense à la lutte contre le changement climatique. Dans mes fonctions précédentes de commissaire aux Transports, j’ai fait avancer le dossier de la mobilité durable et des transports verts. La France, de son côté, a su amorcer une réflexion de qualité avec le Grenelle de l’environnement. L’Europe aura besoin de cet élan pour construire un monde consommant moins de pétrole, favorisant les énergies renouvelables et émettant moins de carbone.
Je souhaite que la Présidence française puisse dégager un compromis sur le troisième paquet énergie / climat, qui introduit des avancées majeures en matière de régulation et de gouvernance.
Le second sujet d’importance majeure est celui de la gestion concertée des flux migratoires. La France envisage de présenter un “pacte européen pour l’immigration et le droit d’asile” dans les prochaines semaines.
Comme Commissaire à la Justice, à la Liberté et à la Sécurité, je contribuerai au débat en présentant une communication sur les orientations d’une nouvelle approche européenne de l’immigration et de l’asile. J’ai la conviction qu’une politique commune de l’immigration doit reposer sur des piliers équilibrés: une lutte plus efficace contre l’immigration irrégulière, toujours dans le respect de la dignité humaine, une avancée vers l’harmonisation du droit d’asile, une amélioration de l’intégration des immigrés en situation régulière, une véritable solidarité entre Etats membres et avec les pays tiers concernés par les flux migratoires.
La France aura également la responsabilité d’accorder les points de vue sur le “bilan de santé” d’une Politique Agricole Commune qui doit se réformer à l’horizon 2013, en se libérant toujours plus des contraintes bureaucratiques, en mobilisant ses ressources au profit des agriculteurs les plus fragiles, en améliorant constamment la qualité des produits, en sachant répondre à une nouvelle donne mondiale marquée par l’amplification de la demande des grands pays émergents.
Sur tous ces sujets, la France devra conjuguer inventivité et détermination dans des négociations exigeantes, au service de l’intérêt général européen.
Je souhaite également que la France trace de nouvelles pistes de réflexion pour l’avenir de l’Europe
Le projet d’Union pour la Méditerranée, qui s’inscrit dans la continuité d’une action communautaire déjà bien structurée par le processus de Barcelone, va donner un nouveau souffle politique aux relations avec nos partenaires du sud méditerranéen.
J’y vois les prémisses d’une politique de voisinage amplifiée, finalement proche d’une “politique régionale décentralisée” et dynamisée par des projets concrets, tels que les réseaux de transport et d’énergie, la politique urbaine, la préservation d’une “mare nostrum” propre.
Porteuse de cette ambition pour l’Europe, la France pourrait lancer le débat sur la question du nécessaire accroissement du budget de l’Union Européenne, sans lequel de tels projets ne pourront prendre toute leur ampleur.
Aujourd’hui, ce budget est limité à 1% du produit intérieur brut européen. Cela représente 30% du budget du Pentagone américain ! L’Europe ne pourra atteindre ses objectifs et répondre aux attentes de ses citoyens sans un exercice de réflexion approfondi sur ses moyens.
Une partie de la réponse repose sans doute sur la question des ressources propres et d’une capacité d’emprunt qui apporterait un surcroît de souplesse financière aux projets d’investissement. C’est un sujet difficile, mais les présidences ambitieuses sont faites pour aborder de tels sujets.
Je forme enfin le vœu que la méthode de travail de la présidence française soit animée par l’esprit communautaire, dont la France a été à l’origine
Cet esprit doit se manifester par de grandes qualités d’animation et de coordination des travaux. La France doit s’inscrire dans un jeu pleinement coopératif avec les présidences tchèque et suédoise. A Bruxelles, les trophées se conquièrent dans la persévérance collective et l’endurance du temps long.
Une bonne présidence du Conseil suppose également une aptitude à la médiation pour favoriser le dialogue entre toutes les parties en présence. Les “think tank”, à l’image de “Dialogue & Initiative”, sont des partenaires importants de ce travail en commun. Car aucun résultat solide et durable en matière de politique européenne ne peut être obtenu sans la force d’un consensus adopté dans la compréhension et le respect mutuels.
Une présidence réussie doit enfin assumer pleinement son rôle de représentant de l’Union à l’extérieur des frontières européennes.
Alors que l’Union est plongée dans les remous d’une mondialisation dont les effets positifs s’accompagnent de nombreuses crises, la présidence du Conseil doit exprimer d’une voix résolue l’ouverture de l’Europe sur le monde, liée à la défense de ses valeurs et de ses intérêts.
Sur tous ces points, la France a les moyens de marquer de son empreinte la présidence du Conseil. C’est un exercice difficile et complexe! Mais qui constitue une opportunité unique d’insuffler une dynamique nouvelle dans le projet communautaire, et de faire prendre conscience à ses citoyens de la valeur ajoutée de l’Europe.
Je forme le vœu que “le pays que je connais le mieux” relève ce défi avec brio !
Jacques Barrot
Vice-Président de la Commission européenne en charge de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité
Commentaires
le 14/10 à 12:21
Cher Pierre, Toutes mes affectueuses pensées dans l'épreuve que vous affrontez. A bientôt. jp [...]
le 14/10 à 07:42
Cher Pierre, Vous allez nous manquer, car nous avons besoin de votre gaieté et de votre humour. [...]
le 14/10 à 06:48
Cher Monsieur le Premier Ministre, Je vous remercie beaucoup d’avoir répondu à mon message d’inqu [...]
le 13/10 à 22:14
Jacques, Tout va bien, je ne perd pas de vue l'essentiel. J'ai parfois le sang chaud quand on s'a [...]
le 13/10 à 21:26
Monsieur le Premier Ministre, Une "douloureuse épreuve" va me contraindre à me tenir éloigné d'in [...]