A l’occasion de l’examen du fameux article 27 de la loi de modernisation de l’économie cette nuit au Sénat, je me suis prononcé en faveur de la préservation de la diversité des pratiques commerciales afin à la fois de sauvegarder nos centre-villes, de protéger nos PME et de ne pas exposer nos grands groupes qui sont actifs à l’exportation.
jpr
Voici notamment une de mes prises de parole :
Affirmer que le commerce de proximité est condamné, quel déterminisme social absurde ! L’avenir appartiendrait aux seuls puissants, à ceux qui multiplient les mètres carrés ! La réalité récente montre le contraire, en centre-ville comme en milieu rural. Nombre de professions ont choisi de faire respecter la qualité. Les boulangers ont combattu les terminaux de cuisson, ces hard-discount du pain ; et ils sont aujourd’hui plus de 30 000 artisans à vivre bien. Ils ont joué la carte de la qualité, mais aussi du service.
Le commerce de proximité n’est condamné ni en ville, ni en milieu rural, ni dans toute cette France qui n’est ni urbaine, ni rurale, ces communes de 15 000, 30 000, 40 000 âmes, et qui comptent 100 à 150 commerçants : certains souffrent, beaucoup vivent convenablement.
Le hard-discount est-il la solution pour le pouvoir d’achat ? Notre loi de 1996 a visé à limiter ces enseignes, et si l’Allemagne en compte quatre fois plus que la France, c’est que nous avons su protéger les PME du commerce et les fournisseurs contre ce phénomène prédateur. Tout ne se ramène pas à une bataille du prix : la société va vers plus de relations humaines et non de gigantisme, vers plus de qualité et non de mécanique. Il faut maîtriser les hard discounters -je ne dis pas les interdire, tenir compte des orientations européennes, bien sûr, mais en dosant chaque fois qu’il est possible la présence des enseignes qui cassent les prix.
Enfin, faisons attention à la modernité du commerce. La modernité, ce n’est pas le gigantisme, ce sont des structures à taille humaine, pariant sur les services, s’appuyant sur internet et créant un maillage du territoire. Je soutiendrai l’amendement sur les Scot et la mesure permettant de demander au maire de revenir à la loi de 1996 en saisissant les commissions, dans les territoires qui ne sont pas très urbanisés.
Lire le compte-rendu du Monde sur ce débat
10 juillet 2008 à 6 h 32 min
Bonjour Monsieur le Premier Ministre,
Le pouvoir d’achat concerne tous les couches de la société et je pense que pour que chaque élément de la chaîne, du producteur au consommateur en passant par les intermédiaires, en retire un avantage il faut l’instauration d’un cours réglementé des prix à tous les niveaux avec des seuils minimums et des marges bénéficiaires autorisées à ne pas dépasser : un système de fourchettes des prix permettant même la concurrence. Par exemple, le producteur vend son produit en faisant un bénéfice raisonnable tandis que l’intermédiaire, lors de l’achat de ce produit au producteur, ne peut pas faire descendre le prix de ce produit en deçà du prix de revient au producteur et ainsi de suite jusqu’au bout de la chaîne.
Alors, je serais tenté de dire qu’il y a beaucoup de discussions pour peu de chose, car je ne pense pas que l’amélioration du pouvoir d’achat viendra de la multiplication de grandes surfaces ou de l’ouverture de hard discounters. Les grands distributeurs ne se mangent pas entre eux et de nombreux hard discounters sont des filiales des grands groupes, par contre cela risque de condamner de nombreux petits commerces de proximité et la convivialité des centres villes en entraînant également la perte d’emplois que l’on ne retrouvera pas forcément dans l’ouverture de grandes surfaces (c‘est bien connu et certaines enseignes pourraient mettre en slogan : prix réduits mais également effectifs réduits, vous passez souvent 10 minutes dans les rayons et une demi-heure à la caisse), sans oublier que le bénéfice que vous aurez pu faire sur les prix de vos achats passera dans la consommation de l’essence de votre véhicule, les grandes surfaces et hard discounters se trouvant bien souvent en périphérie de la commune. J’ajouterais également que si certains de ces magasins peuvent avoir des avantages pour les familles à grande consommation, la composante de la société n’est pas seulement faite de grandes familles, il y a également des personnes qui vivent seules avec des difficultés de se déplacer (personnes âgées par exemple) et dont l’avantage est d’avoir des commerces de proximité.
Je ne parlerais pas du casse-tête que cela va imposer à tous les consommateurs après une journée de travail, comparaison de prix via Internet, prospectus et autres fiches élaborées manuellement, vous me direz cela va amener des sujets de conversation dans les chaumières, mais ça n’aura qu’un temps, les gens seront vite blasés et feront sans doute certains bénéfices sur quelques produits et se feront arnaqués sur d’autres car ils effectueront tous leurs achats dans la même surface par gain de temps précieux. Il faudra peut-être également revoir certaines directives concernant les « orphelins de 16H30 » en repoussant les délais jusqu’au-delà de 19H00. On peut sourire, mais je vois mal un couple, rentrant du travail, payer une « nounou » pour faire quelques économies en s‘arrêtant faire quelques courses en grande surface dans la ville où il travaille, il ne va quand même pas rentrer chez lui pour récupérer les enfants et repartir faire les courses. Adieu les quelques possibles covoiturages et bonjour la pollution supplémentaire et les dépenses inutiles en carburant, je pinaille sans doute mais c’est la vie courante.
Quant à l’amendement sur les Scot, je pense que c’est une bonne chose, il faut mettre les élus devant leurs responsabilités et face à leurs électeurs tout ce monde est concerné en tenant compte que nous ne pouvons pas comparer une bourgade régionale de 15.000 âmes avec une grande agglomération de la région parisienne, surtout que le principal slogan des candidats lors de la dernière campagne municipale était : « pour mieux vivre ensemble ».
Je crois que je pourrais encore ajouter quelques paragraphes tant le débat est large. Il faudra cependant prendre les bonnes décisions et le Gouvernement sera jugé sur les résultats. Il y a peut-être une autre solution, (je souris) il doit bien exister un autre Monsieur Attali pour amener un autre rapport, alors que ça serait sans doute beaucoup plus simple d’instaurer des indices de prix réglementés émis par le Gouvernement, le peuple réclamant du concret et du pouvoir d’achat.
Très cordialement
Jacques d’Hornes