Je viens d’achever notre deuxième étape vers Saint-Jacques de Compostelle, de Conques à Lauzerte.
Cette expérience, renouvelée, est l’une des plus enrichissantes que j’ai pu réaliser.
- Le premier bonheur est celui du piéton qui visite le pays qu’il aime sans jamais assez le connaître, dans tous ses coins et recoins. La France est belle sous tous ses visages, les causses du Lot comme les vallons du Tarn-et-Garonne. Figeac de Champollion ou Cajarc de Pompidou, nos petites villes sont accueillantes, soignées et souriantes ? On est bien loin de cette France ultra urbanisée qui domine la vision de notre pays qu’ont nombre de nos responsables.
L’histoire est aussi présente que la géographie partout sur les chemins, à Saint-Felix où l’on honore la reine, sainte et poitevine, Radegonde ou à Cahors où le pont Valentré a été construit au moyen âge pour protéger les pèlerins. La générosité des hommes a traversé les temps, aujourd’hui encore l’accueil sur les chemins, à Varaire ou à Las Cabanes est chaleureux et généreux.
A un jeune qui voudrait aujourd’hui s’engager dans l’action publique, c’est-à-dire servir la France, je lui dirais : fais toi piéton, marche dans le pays ainsi tu l’aimeras et tu pourras alors le servir.
- Le second bonheur est celui des pèlerins : la présence spirituelle sur les chemins.
Il y a trois circonstances, au moins, où la spiritualité transforme le randonneur en pèlerin.
La rencontre d’abord. L’homme politique note tout de suite la différence entre une rencontre sur les chemins et une rencontre dans la rue. Ici la sincérité est présupposée. On ne calcule pas, on marche. Les échanges sont spontanément sincères. La fraternité existe, là on la rencontre. Chacun respecte l’autre, son itinéraire, son rythme, sa pensée. La discussion devient profonde. On se connaît depuis 5 minutes, on se parle déjà, entre amis. Simplement, sincèrement. Le chemin fait grandir l’amitié.
La beauté du monde ensuite. L’émerveillement pour la nature est quotidien. Le chevreuil qui détale devant les pèlerins, les papillons bleus qui se rassemblent pour nous accompagner, les champs de tournesol qui donnent, à la terre, la lumière du soleil… On comprend l’amour des grecs pour le cosmos. L’homme a construit aussi de vraies merveilles : le pont romain par lequel on quitte Conques pour Naillac, les créations de Soulages à l’abbatiale Sainte-Foy, le cloître de l’église Saint-Étienne de Cahors, sans oublier les multiples cazelles et lavoirs. Cette beauté du monde place le pèlerin face au sentiment naturel de gratitude.
La prière enfin. Sur le chemin la prière est plurielle. A chacun la sienne ; et pourtant elle rapproche, elle rassemble, elle unit. La diversité se fait unité. Chaque pèlerin garde en lui ses douleurs et ses peurs mais la présence des autres témoigne et conforte. Ce qui relie le chemin et la destination de chacun, ce qui relie les amis pèlerins entre eux, ce qui permet aux pas de s’arracher des pierres calcaires du Quercy, c’est l’espérance, religieuse où laïque.
La liberté pour chacun, l’espérance spirituelle pour tous.
jpr
CarnetJPR sur iPhone