Si certains s’interrogent encore sur la capacité de la Chine à devenir la première puissance du monde, personne ne doute maintenant de la domination de l’Asie. Le « Made in Asia » inonde les marchés, les capitaux voyagent d’Ouest en Est et les grands projets émergent en Asie. Il suffit de mesurer aujourd’hui les différents équipements portuaires mondiaux pour constater la domination asiatique (17 des 22 plus grands ports du monde sont localisés sur la façade asiatique du pacifique (1). Cette puissance asiatique n’est pas sans problèmes, parmi lesquels la croissance des disparités intérieures n’est pas des moindres. Cependant l’avenir de l’Asie dépend principalement d’une question, celle des futures relations entre l’Inde et la Chine.
Gilbert ETIENNE dans son ouvrage « Chine-Inde : le match du siècle » (2) analyse les termes de cette confrontation. Les divergences sont en effet réelles et les compétitions nombreuses. Le débat politique, autorité et démocratie, la concurrence manufacturière, bas coûts et technologies, la stratégie de l’intelligence, recherche et innovation, nombreux sont les sujets qui opposent l’Inde et la Chine.
Aujourd’hui le match est déséquilibré, le montant total du commerce extérieur chinois représente plus de trois fois celui de l’Inde ce qui a certainement contribué à la recherche d’un partenariat économique engagé depuis 2003 par les dirigeants des deux pays. Le secteur des technologies de la communication illustre pleinement les efforts fait par les deux pays pour fertiliser leur complémentarité. Ces efforts accélèreront évidemment la croissance de la part de l’Asie dans le commerce mondial.
Cette réussite peut elle conduire à l’émergence d’un modèle asiatique qui progressivement s’imposerait au modèle occidental ?
C’est possible. Une matrice, celle des 3 p, pensée, puissance et partenariat, est très favorable à cette perspective.
La pensée asiatique, fondée par deux empires historiques, placés à la croisée des routes commerciales (3) pénètrent progressivement nos cultures avec les valeurs du confucianisme, du taoisme et du bouddhisme. Les priorités données au pragmatisme sur le dogmatisme, à l’immanence sur la transcendance, à la transformation sur la création, à la constance sur le changement, au social sur le singulier… font réfléchir l’Occident et conduisent des philosophes comme François JULLIEN a revisité la pensée grecque avec ces autres clefs.
La puissance née de la somme des forces de l’Inde et de la Chine apparaît irrésistible. Comment contester, au nom de notre tradition universitaire, le classement de Shanghaï, quand ce dernier s’impose déjà au tiers de l’humanité. Dans ce nouveau monde, la puissance fait la norme.
Enfin, par son ouverture, l’Asie propose au Monde un message de modernité : le partenariat. Relayé par de puissantes diasporas à l’étranger, ce message s’adresse à la fois aux puissances occidentales et au monde en développement. A l’Occident, l’Asie propose d’échanger la croissance contre les technologies, au « Tiers monde » elle s’affiche à la fois comme protecteur et médiateur.
Dans cette perspective du modèle asiatique la Chine a pris les devants. Elle a choisi de faire sa proposition au monde à l’occasion des Jeux Olympiques : « La Chine a besoin du Monde, le monde à besoin de la Chine ». L’Inde souhaitera – t‘elle un élargissement de cette proposition à l’Asie ? Comment l’Inde voit-elle l’avenir de sa relation avec la Chine ? C’est pour répondre à ces questions que le troisième séminaire d’été au Futuroscope, ce 22 août, a choisi comme thème « La Chine vue de l’Inde ». Cette réunion d’experts tracera la ligne de prospective de « l’autre monde ».
Jean-Pierre Raffarin
(1) l’Autre Monde, géopolitique de l’Asie méridionale et orientale par C. Chancel, E.C.Pielberg, C. Tellene. PUF 2005
(2) G.Etienne, Chine-Inde : le match du siècle, presses de Sciences-Po. 1998
(3) Rapport de la commission des affaires culturelles du Sénat. 2008
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