Il faut comprendre l’extrême inquiétude des producteurs de lait. Eleveurs, ils font un métier de passion, parmi les plus exigeants. Les 35 heures à l’étable, ils ne connaissent pas.
Pour les aider, en Poitou-Charentes notamment, mais ailleurs aussi, nous sommes mobilisés sur plusieurs objectifs :
1) Revenir sur l’absurde décision de la Direction de la Concurrence qui a supprimé la négociation interprofessionnelle du lait. Lorsque j’étais Premier ministre, je me suis toujours opposé à cette décision. J’espère que la réunion du CNIEL, jeudi, débouchera sur cette position. Nous attendons aussi des pouvoirs publics une pression sur la grande distribution.
2) Accentuer la pression politique en Europe pour que le lait ne soit pas considéré comme une matière première comme les autres. L’Europe politique que nous défendons, c’est celle qui impose sa volonté politique aux marchés. Il est urgent de rétablir un minimum d’outils européens de régulation des marchés particulièrement en cette période de crise. Les aides européennes à l’écoulement du beurre supprimées en 2008 devraient être rétablies.
3) La filière de transformation doit être modernisée. Il faut aider les coopératives, qui sont en danger économique, à rester des partenaires responsables au moment ou le capitalisme a montré les excès de la financiarisation. La restructuration des coopératives laitières est un grand enjeu d’avenir.
Cette crise économique qui affecte les résultats des coopératives et de leurs associés coopérateurs doit renforcer notre système coopératif et donner aux décideurs plus d’esprit de compétition et la recherche d’initiatives novatrices indispensables pour la pérennité des structures. La régionalisation des quotas serait une bonne mesure.
4) L’Etat doit revoir à la baisse sa politique de charges qui étrangle nombre de producteurs et pas seulement les plus jeunes. Plusieurs initiatives sociales sont nécessaires : avance de trésorerie, aides spécifiques aux producteurs en difficulté, suspension temporaire des remboursements de prêts consentie par les coopératives…
Depuis quelques temps déjà, j’ai engagé les discussions sur ces sujets notamment avec Michel Barnier, Luc Chatel et Jean-Michel Lemetayer au niveau national et avec les acteurs de la filière au niveau régional. Ce mardi, je me suis entretenu avec François Fillon, le Premier ministre est à la fois convaincu et déterminé.
jpr
27 mai 2009 à 8 h 05 min
Vos commentaires sur l’insuffisance du prix du lait et le rétablissement éventuel d’un prix recommandé au niveau de la filière, frisent la schizophrénie pure et simple. Comme le disait Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes » !
Ce discours est hypocrite et vise à abuser les producteurs de lait : car la suppression en 2008 par la DGCCRF du tarif recommandé, décidée au nom du respect de la concurrence a été exigée par Bruxelles à qui l’Etat a ainsi permis de ne pas jouer le mauvais rôle à l’approche des élections européennes.
On peut donc faire le pari que si ce prix recommandé était rétabli, la Commission européenne obtiendrait sa suppression aussitôt les élections passées.
La vérité est que le gouvernement français- et vous-même précédemment- ont capitulé face à la logique ultralibérale de Bruxelles qui a décidé la suppression de toute régulation des prix du lait en Europe.
Le seul moyen est le rétablissement d’un prix garanti en France et la reprise des négociations sur la PAC. Et l’arrêt des mensonges : çà, le Peuple Français s’en chargera.
Castelin michel- 13600 La Ciotat
27 mai 2009 à 9 h 24 min
Monsieur le Premier Ministre,
Il se trouve que je connais assez bien cette question. Je partage votre analyse sur plusieurs points, que je reformulerai autrement.
- la nécessaire dérégulation – pendant logique de la libération mondiale des échanges qui nous est largement profitable sur bien des points – a bénéficié aux industriels laitiers qui font aujourd’hui jouer à plein la mise en concurrence mondiale sur le prix du lait. Cette dérégulation succède à l’hyper régulation de l’économie administrée.
- l’industrie laitière et surtout la grande distribution profitent de leurs positions dominantes, aux dépens des éleveurs et des consommateurs,
- l’État demande aux acteurs de s’adapter mais lui, il n’a pas adapté sa politique économique et fiscale vis à vis des éleveurs. Entre nous, c’est un euphémisme! Et ce qui est vrai pour les éleveurs laitiers est aussi vrai , hélas!, pour beaucoup d’autres secteurs, à commencer par sa politique dissuasive vis à vis de l’emploi salarié eu égard aux charges excessives que supportent la majorité des entreprises. Seules les grosses entreprises qui font un chantage à la délocalisation y échappent en partie. Je peux aussi citer des exemples où les lois sont votées et où on attend les décrets d’application trois ans après…! C’est préoccupant de constater cette incurie, alors que ce même État entend s’imposer comme le régulateur des excès du capitalisme financier. Rappelons que c’est justement la carence des États qui laissent proliférer ces excès! François Fillon le sait mieux que quiconque. La Commission Européenne, elle, ne ralentit pas son rythme concernant les nouvelles réglementations qu’elle impose et qui nécessitent des acteurs des investissements récurrents!
Effectivement, les coopératives agricoles et laitières peuvent être une solution Après avoir été le maillon fort de l’agriculture, leur mode de fonctionnement a fait que beaucoup d’agriculteurs s’en sont éloignés à cause de leur manque de dynamisme et de la préférence des agriculteurs à jouer « perso » pour leurs achats d’intrants et la vente de leurs productions, y compris pour leur valorisation ( ex: le vin). Pourtant, on peut voir la réussite de certaines coopératives, telles ces coopératives légumières de Loire Atlantique, ou d’autres ayant mis en place des outils puissants de valorisation comme Champagne Céréales. Le mouvement coopératif agricole doit moderniser son approche et partir à la reconquête de secteurs entiers.
Espérons que le prochain ministre de l’Agriculture saura mener une politique plus à même d’anticiper courageusement les enjeux stratégiques plutôt que de se contenter de tenter d’éteindre les crises par des aides conjoncturelles aussi coûteuses qu’inefficaces, voire blessantes pour celles et ceux qui travaillent dur. Que deviendra la France quand les dernières catégories professionnelles qui travaillent dur en auront assez d’être « essorées » auprofit des catégories « abritées » et « assistées »?
Bon journée, Monsieur le Premier Ministre.
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28 mai 2009 à 4 h 09 min
Bonjour à tous,
Cher Monsieur le Premier Ministre,
Ce billet ne pouvait pas mieux tomber pour corroborer mes propos sur le besoin d’explications de la politique de l’Union Européenne (voir mes billets dans « Les quatre Europe »).
« Cette crise du lait » est le type de problèmes par excellence qui « heurte » grand nombre des Français, même les plus europhiles pourtant conscients que dans la mondialisation nous avons besoin d’être dans unis en pratiquant une politique des continents, mais qui ne comprennent pas grand-chose sur ce sujet : Qui fait quoi ? Pourquoi faut-il tant de temps pour réagir ? Car effectivement comme vous le dites « le lait n’est pas une matière première comme les autres » aux yeux des Français qui rejettent systématiquement la faute sur Bruxelles en raison de notre appartenance à la PAC, car ils ont l’impression que l’Union Européenne ne fait pas son travail et qu’ils sont solidaires de leurs agriculteurs sauf quand ceux-ci déversent des milliers de litres de lait ou d’autres produits de nourriture sur la chaussée, chose qu’ils condamnent car certains regardent à en acheter compte tenu de leur pouvoir d’achats. Ils ne comprennent pas également que la grande distribution importe ce type de produit alors que notre Pays a toujours été une terre de production et de qualité.
Pour en revenir au sujet de votre billet, je partage tout à fait votre point de vue et j’espère que ce problème se réglera très rapidement et que chacun en retirera des avantages, notamment producteurs et consommateurs, surtout avant l’échéance européenne du 7 juin.
Bien amicalement
Jacques
29 mai 2009 à 13 h 40 min
Merci beaucoup.