Carnet de Jean-Pierre RAFFARIN

Un commentaire

  1. DEJOUR Béatrice dit :

    Monsieur,

    C’est en tant que simple citoyenne, et habitante de la Région Poitou-Charentes que je m’adresse à vous.
    Une citoyenne extrêmement préoccupée par l’évolution intérieure et extérieure de notre nation. Plus rien ne semble fonctionner correctement…
    Je passerai sur l’effroyable faillite de nos services publics, dont le dysfonctionnement semble merveilleusement orchestré pour mieux achever sa privatisation. Je ne poserai qu’une question… A qui cette disparition profite-t-elle ? Je n’ose imaginer qu’elle puisse faire les choux gras (vous voudrez bien pardonner la trivialité de cette expression) d’entreprises proches de nos gouvernants, car nous aurions décidément perdu tout sens moral. Je ne ferai qu’une remarque : le minimum de laïcité et de partage solidaire semble définitivement sombrer. Il est vrai qu’il n’avait fallu que deux siècles pour mettre sur pied cette exception française qui faisait une partie de notre honneur. Vestiges de l’une de nos valeurs, adieu, donc… Le sort de la Fraternité est irrémédiablement jeté. Soit !
    Qu’en est-il de l’Egalité ? Je ne parle pas d’un égalitarisme forcené qui nierait toute diversité humaine, mais de cette égalité en droit, théoriquement respectée. De cette égalité amie de la diversité, d’origine et de communauté, de cette égalité qui sait combien cette diversité est riche de complémentarités utiles aux espoirs et à l’évolution constructive d’une société. Elle s’inscrivait dans la laïcité propre à notre pays (et qui est citée en exemple dans bien d’autres). Doit-elle considérer à quel degré de l’échelle de la nation on se situe ? Depuis quelques années, elle paraît sensiblement malmenée. Je ne rêve pas d’un jour où seule l’adhésion à un parti la garantirait. Pour ma part, je vous le dis : je n’ai pas de carte politique, sinon celle de notre respectable République. Ah ! J’oubliais : on a perdu de vue depuis longtemps, dans ce pays, mais il n’est pas trop tard pour y remédier, le fait que servir l’Etat, ce n’est pas s’enrichir de manière éhontée. Pourquoi ne pas établir la fortune des serviteurs de l’Etat à leur entrée et à leur sortie de charge ? Il me semble que des salaires régulièrement revalorisés garantissent un niveau de vie satisfaisant. J’ajoute qu’il ne faudrait pas perdre de vue les efforts imposés au peuple en assumant cyniquement de flagrantes inégalités. Oserai-je ajouter, à une époque où le fonctionnaire est « chassé » comme un animal coûteux, que c’est le contribuable qui paie le salaire des élus et des membres de l’Etat… Le peuple en a plus conscience qu’on ne le croit.
    La Liberté, enfin, dont la mesure réside sans doute dans une action juste, qui se situe probablement entre les désirs individuels et le respect des autres, de la société dans son ensemble… Est-elle garantie par l’indépendance des médias, par la possibilité de s’exprimer réellement librement ? Par ailleurs, peut-on continuer d’exercer des fonctions au sein d’un gouvernement lorsqu’on a été condamné en première instance, ou lorsqu’on est mis en cause dans des affaires délicates ? Cette liberté-là ne pose-t-elle pas problème ? Ne discrédite-t-elle pas l’action politique ?
    La société que j’appelle de mes vœux n’est pas celle du XIX° siècle, révolue, ni une copie grotesque et condamnable d’une société américaine terriblement inégalitaire. Le Général de Gaulle n’avait pas d’admiration particulière, me semble-t-il, pour ce pays ami, qui n’est cependant pas encore un modèle, que ce soit au plan de la politique extérieure (cf la position du Général vis-à-vis de l’O.T.A.N.), ou de la politique intérieure. Notre exception française, s’appuyant sur une forme de solidarité et de laïcité (qui résout bien des problèmes communautaires), a été anéantie en quelques années. Croyez-moi, la majorité des Français ne s’y trompe pas… On peut toujours compter sur un éparpillement des voix au premier tour des élections présidentielles de 2012. C’est un pari risqué. Et s’appuyer sur la grossière comédie d’un scénario « à la 2002 » ne trompe plus personne. Manipuler des idées nauséabondes pour asseoir une réélection massive serait un jeu dangereux, et moralement condamnable. Je suis heureuse que mes parents, qui ont connu la seconde guerre mondiale, n’aient pas à assister à un si pitoyable spectacle.
    Par ailleurs, pensez-vous que la division permanente, l’alternance de réprimandes infantilisantes (voire d’insultes) ou d’accusations lancées sans cesse contre un corps ou un autre, et , vous voudrez bien me pardonner l’expression, de pommade maladroitement étalée, ait un impact crédible et positif sur le peuple français ? La division et le mépris constitueraient-ils de nouvelles manières de gouverner un état ? Peu m’importe la couleur politique de ceux qui nous gouvernent, s’ils ont le souci de la démocratie et des valeurs de notre République française.

    Monsieur, je vous le dis, votre parti a pris une étrange tournure, et il faut se pincer pour se persuader qu’on ne fait pas un cauchemar…

    J’en appelle à votre sens de l’honneur… Si vous êtes démocrate et républicain, réveillez-vous !

    Béatrice Dejour

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