Carnet de Jean-Pierre RAFFARIN

3 commentaires

  1. Michel WALLE dit :

    Cher Jean-Pierre,

    Très belle intervention, qui sera sûrement suivie de … rien. Dommage.

    … Et si nous reprenions nos discussions au sujet de l’utilité du Sénat !?

  2. Dominique M dit :

    Bonjour M.RAFFARIN,
    Bonjour à tous,
    Il nous faut tous lutter contre l’obscurantisme, la désinformation et une certaine forme de lâcheté.
    M.RAFFARIN, vous avez dit vouloir défendre la ruralité. N’étant pas moi-même « rural », je suis cependant choqué du mépris de la « haute-administration » et de bon nombre de bobos qui déjeunent aux bonnes tables proches de la rue Solférino, déambulent devant les virtines de la rue de Passy ou manifestent faubourg Saint-Germain.

     » Un homme est mort dans la nuit de samedi à dimanche dernier à Sivens, lors d’une manifestation organisée contre le projet de barrage.
    Je pense à mes enfants (26, 16 et 14 ans) et j’ose à peine imaginer la douleur de ses parents…
    Avec la très grande majorité des conseillers généraux du Tarn, je me retrouve aujourd’hui au cœur de la tourmente.
    Et face à la curée ambiante, j’ai besoin de vous écrire pour dire que je ne suis ni un salaud ni un assassin.
    Je suis conseiller général et j’ai voté pour ce projet barrage à Sivens.
    Difficile de rentrer dans les détails mais si je l’ai fait, c’est parce que j’avais la conviction (et je l’ai toujours) que ce projet est utile, qu’il répond à un besoin et qu’il aide à faire face aux enjeux à venir : face au réchauffement climatique, dans les années à venir,
    il faudra de l’eau pour que l’on continue à vivre dans notre région.
    Les élus ne sont pas des spécialistes. A partir des éléments fournis par des techniciens, nous nous prononçons sur des projets en ayant en tête ce qui nous paraît être le mieux pour les gens qui habitent sur notre territoire afin de préparer l’avenir.
    Dans le cas du projet de barrage de Sivens, le Conseil général a pris la décision de le réaliser pour répondre à un besoin identifié par différents organismes sous l’autorité de l’Etat. Et c’est l’Etat qui a aussi donné le feu vert au projet pour que les travaux puissent commencer.
    Bien sûr, un projet comme celui-là ne fait pas l’unanimité. Et, depuis des années, certains l’ont contesté. Ils ont même engagé des recours devant les tribunaux. Des recours que, jusqu’à présent, ils ont perdu. D’autres se poursuivent encore mais la justice a estimé qu’ils n’étaient pas suffisants pour empêcher le lancement et la poursuite des travaux décidés.
    Impuissants sur le plan judiciaire, certains ont décidé de sortir de la légalité pour continuer à s’opposer au projet.
    Ca a permis de faire de belles photos de gentils clowns aux nez rouges face à des gendarmes en
    tenue de combat. Mais ça a aussi conduit à des affrontements dont les images ont fait plus pour la cause des opposants au projet que tous les argumentaires qu’ils avaient pu développer jusque là. Et, bien loin de la réalité du projet, Sivens est devenu un symbole contre lequel il fallait se battre, bouc émissaire de tous les problèmes de notre société et de l’avenir de la planète, au risque de tous les dérapages…
    Dans cette logique infernale, le drame de ce week-end -la mort de Rémi est le pire de ce que je pouvais craindre.
    Qui est responsable ?
    Les experts disent aujourd’hui que nous avons pris notre décision sur la base d’un rapport médiocre et avec un financement fragile. A l’éclairage de la mort de Rémi, la tourmente médiatique (presse et réseaux sociaux) n’a retenu que ces éléments là.

    Mais le rapport des experts dit aussi d’autres choses. Il confirme la réalité des besoins en eau pour ce «territoire agricole et rural appauvri », occupée par « une agriculture familiale qui s’exerce dans des conditions difficiles ». Il affirme que le site naturel détruit par le projet « n’est nullement exceptionnel ». Il rappelle que « le dossier a été déclaré d’utilité publique et d’intérêt général », qu’il « bénéficie d’une autorisation loi sur l’eau »…
    On est à l’opposé des slogans portés par les opposants au barrage qui ont mobilisé en mettant en avant l’agriculture intensive, la préservation d’espèces animales en disparition ou l’illégalité supposées. Sur ces
    thèmes, ils ont construit ce qu’ils appellent une « résistance citoyenne »…
    Pour moi, être citoyen c’est d’abord être responsable. Responsable de ses paroles, responsable de ses actes.
    Dans les années 60 (je sais, ça fait un peu vieux con), Bob Dylan avait écrit une chanson : « Who shot Davy Moore ? » – « Qui a tué Davy Moore ? », suite au décès d’un boxeur sur le ring. Tour à tour, on interrogeait l’arbitre, la foule, les journalistes, l’organisateur, son adversaire…Personne ne se sentait responsable.
    Rémi Fraisse est mort le week-end dernier. Qui est responsable ?
    Oui, je me sens une part de responsabilité. Pas pour avoir décidé la réalisation du barrage. Mais parce que j’ai pris conscience trop tard de l’ampleur et de la virulence des antagonismes autour du projet.
    J’ai écrit les lignes suivantes il y a près de deux mois en réponse à certains qui m’interpellaient :
    « Ce qui se passe à Sivens pose d’abord la question du fonctionnement de notre société. À ma connaissance, toutes les règles du droit ont été respectées dans ce dossier. Et, dans les événements actuels, la question n’est pas tant la pertinence du projet mais plutôt le comment continuer à faire fonctionner le « vivre ensemble » quand certains sont prêts à tout pour imposer leur position face aux décisions prises avec tous les éléments de légitimité mis en place dans le fonctionnement de notre démocratie ».
    La question est plus que jamais d’actualité après la mort de Rémi.
    L’émotion – immense, parce que la mort d’un homme aujourd’hui en France lors d’une manifestation est inacceptable – et la pression feront que, dans les prochains jours, il sera quasiment impossible d’apporter la bonne réponse.
    La société bouge. Et le temps de la responsabilité est différent de celui de l’émotion ou du tourbillon médiatique.
    J’ai envie que mes enfants et mon petit fils vivent dans un monde où l’on puisse encore se parler, discuter ensemble même si on ne partage pas les mêmes opinions ou si on n’a pas le même point de vue sur les projets dont la société a besoin pour faire face à l’avenir. C’est ce que je m’efforce de faire, à ma petite place, dans les responsabilités qui sont les mienne ».
    Qu’en dites-vous?
    Bonne journée,
    Dominique M

  3. Ernest Gransagne dit :

    Bonjour Dominique M

    Vous avez dit tout l’essentiel.
    Cette affaire est avant tout le reflet de notre temps : un projet qui n’en finit pas d’avancer à petits pas, sur des années… un Etat qui recule en donnant l’impression de gouverner, les opposants, toujours les memes, qui sont bien mieux suivis et écoutés que les décisions officielles.

    C’est ainsi que le Monde avance sans nous, puisque la France stagne à tous les étages.

    Nos non décisions signent notre perte.

    Vu votre responsabilité en tant que conseiller général, il ne reste plus qu’a assumer votre patronyme.
    Ce serait plus élégant pour ceux qui vous lisent.
    Merci

    Ernest

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